Le domaine d’Andrew Stewart. Photo: Sylvain Lumbroso
Une propriété située dans la campagne près de Toronto est anormalement radioactive. Cette contamination permet de remonter le fil d’une affaire explosive que le Canada a préféré étouffer au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Enquête sur un trio qui a causé des dommages jusqu’à Montréal.
À seulement une heure du tumulte torontois, rien ne semble perturber le calme de cette vieille grange située dans la campagne de Caledon East. Rien ou presque, car un discret crépitement s’échappe de l’entrée principale. Deux hommes s’activent à l’intérieur du bâtiment, armés d’un détecteur de matières radioactives. Ce jour-là, les scientifiques envoyés par les Laboratoires nucléaires canadiens repèrent les endroits contaminés sur les murs et le sol de la grange pour les marquer d’un point à l’aide de peinture orange. Les poutres devront être démontées et le sol excavé, puis le tout sera évacué dans une zone réservée aux déchets nucléaires à Chalk River. « Cette histoire ne finira donc jamais ! » dit en soupirant Andrew Stewart, le propriétaire des lieux, qui assiste impuissant à l’opération.
L’archéologue torontois rêvait de bâtir une maison au sommet de la colline verdoyante, à quelques pas de la grange, au milieu du domaine autrefois possédé par ses parents. Un projet qui lui a été déconseillé il y a déjà quelques années, en raison de la radioactivité du lieu, phénomène aussi invisible que dangereux.
Cette visite des agents mandatés par le fédéral est la dernière d’une longue série amorcée dans les années 1970 sans que les parents d’Andrew Stewart s’inquiètent outre mesure. Les autorités en matière de sûreté nucléaire se sont toujours montrées rassurantes, tout en poursuivant leurs interventions… Son rêve brisé, le fils veut maintenant comprendre ce qui a pu se tramer sur son terrain.
M. Stewart sort tous les papiers liés à la propriété, conservés par sa famille. Parmi les relevés de radiation se trouve la lettre d’une voisine envoyée aux Stewart en 1978. L’autrice y dit avoir recueilli le témoignage d’un agriculteur ayant travaillé sur la propriété quand cette dernière abritait une ferme. « Mes informations permettent de comprendre que toute cette saga est reliée à la folie débridée de Carl French ! » écrit-elle.
Carl French : ce nom à lui seul va bousculer notre enquête en la faisant passer d’une colline ontarienne anonyme à un scandale nucléaire impliquant le Canada, les États-Unis, l’URSS et le Japon… Une saga jusqu’ici bien enterrée.
L’inquiétant Carl French
Carl French est l’ancien propriétaire du domaine acheté par les Stewart. Sa biographie officielle, parue dans le Toronto Star lors de son décès en avril 1984, le décrit comme un véritable héros du nucléaire. Le papier très élogieux rappelle que l’homme a contribué au projet Manhattan, le programme atomique américain pendant la Seconde Guerre mondiale. Il était à l’époque un des dirigeants d’une compagnie minière ontarienne spécialisée dans les produits radioactifs, Eldorado. « Eldorado a fourni radium et uranium au groupe de recherche étatsunien, et monsieur French était une des rares personnes à connaître le secret de la bombe nucléaire en préparation », avance le quotidien de Toronto. La photo illustrant l’article montre un Carl French souriant, et la légende souligne son engagement au sein de la Société canadienne du cancer.
Pour en savoir plus sur le personnage, il faut se rendre aux archives fédérales d’Ottawa, où sommeillent tous les documents consignant l’histoire d’Eldorado. Les liasses de textes dactylographiés révèlent une autre facette de l’homme.
L’histoire commence en 1937 quand Carl French arrive de son Michigan natal pour prendre en charge la comptabilité d’Eldorado. L’entreprise est une structure encore jeune, lancée quelques années auparavant par les frères Gilbert et Charles Labine, originaires de l’Ontario, à la suite de la découverte d’un gisement de minerais radioactifs dans les Territoires du Nord-Ouest. Elle exploite alors une petite raffinerie sur le bord du lac Ontario, à Port Hope, pour produire du radium, élément prisé pour les radiographies et les traitements anticancer. Ses fondateurs ne connaissent absolument rien à l’industrie.
Carl French apprend rapidement les bases de la physique nucléaire et monte aussi vite les échelons d’Eldorado : deux ans après son recrutement, il est déjà membre du comité de direction. Nous sommes en 1939 et la société s’apprête à vivre un grand bouleversement ; la guerre accroît brutalement la demande d’uranium. C’est un rapport britannique, connu sous l’appellation Mémorandum de Frisch et Peierls, qui a provoqué l’engouement. Les deux physiciens signataires y prouvaient qu’il était possible de fabriquer une bombe atomique surpuissante, transportable en avion, avec de l’uranium.
Rapidement, Eldorado se retrouve dans une situation très favorable. L’entreprise a des réserves immenses de pechblende, la matière brute qui contient l’uranium et le radium. Sa raffinerie peut extraire ces deux produits de façon industrielle. À sa tête depuis 1932, un scientifique français, formé à Paris dans le sillage des Curie : Marcel Pochon. L’homme à la carrure athlétique est un des rares experts disponibles sur la planète pour gérer la production. Cela tombe bien, car la chute de la Belgique dans l’escarcelle nazie coupe temporairement les Alliés d’une source principale d’uranium : le petit royaume et ses colonies africaines riches en minerais ne sont plus accessibles.
Tous les astres s’alignent donc pour Eldorado, qui réussit de plus à signer un contrat de distribution avec un des seuls spécialistes de la vente de produits radioactifs : Boris Pregel. L’entreprise confie sa matière en exclusivité à ce Russe d’origine qui bénéficie d’un large carnet d’adresses.
Trois hommes, tous compétents dans le domaine atomique, prennent ainsi en main la destinée de la compagnie ontarienne. Carl French supervise les finances, Marcel Pochon fait fonctionner la raffinerie et Boris Pregel commercialise l’uranium depuis New York. Le scénario semble idéal, mais c’est pourtant à ce moment clé que le piège se referme sur les actionnaires, parmi lesquels l’État canadien…

La mine d’Eldorado au bord du Grand lac de l’Ours en 1936. Photo: Wikimedia Commons
L’émergence du projet Manhattan
Officiellement, tout se passe pour le mieux. Boris Pregel a ouvert des discussions en juin 1941 avec des scientifiques américains avides d’uranium. Dans une lettre marquée du sceau « confidentiel », l’un d’entre eux, Leó Szilárd, dévoile discrètement ses intentions à la demande de son fournisseur canadien : « Les cinq tonnes d’oxyde d’uranium dont nous parlons seront utilisées dans des expériences menées à l’Université Columbia, qui est sous contrat avec le comité de recherche de la défense nationale. » Le physicien, en compagnie de nombreux autres scientifiques, pose les bases du projet Manhattan, qui vise à doter les Américains d’une arme atomique.
Les expériences américaines pour créer une première réaction en chaîne, prélude à la bombe, vont bon train et nécessitent des quantités énormes d’uranium. Boris Pregel transmet à Eldorado des bons de commande de plusieurs centaines de tonnes. Pour honorer ces contrats hors norme, les opérations s’avèrent complexes.

La raffinerie d’Eldorado, à Port Hope, en 1938. Photo: Canada. Ministère des Mines et des Relevés techniques/Bibliothèque et Archives Canada/PA-015675
La mine de pechblende est située dans un environnement reculé et sauvage des Territoires du Nord-Ouest, au bord du Grand lac de l’Ours. Les tonnes de matières sont acheminées ensuite en Ontario par bateau et par train pour que Marcel Pochon entreprenne le travail de raffinage dans une usine de traitement en pleine expansion. Les trois hommes clés d’Eldorado reçoivent des moyens et la confiance aveugle des fondateurs de l’entreprise. La course à la bombe franchit une étape décisive lorsque la première pile atomique entre en service dans un laboratoire de Chicago le 2 décembre 1942. Ce module, qui contient de la matière radioactive, entretient une réaction en chaîne, pouvant lancer ensuite une explosion nucléaire.
Bertrand Goldschmidt, un scientifique français, a pu observer en personne le dispositif quelques semaines auparavant. L’homme n’était pas là par hasard : c’est un observateur délégué par le Laboratoire de Montréal, qui lui aussi travaille à la conception d’une pile nucléaire. Les Anglais et les Canadiens ont en effet uni leurs efforts dans le domaine en envoyant les meilleurs cerveaux disponibles au Québec.
À l’abri des bombes allemandes et proche de la matière première, le projet est censé concurrencer celui des Américains. La raréfaction de l’uranium vient hélas bloquer les recherches. En 1943, Bertrand Goldschmidt est dépêché à la raffinerie de Port Hope pour s’entretenir avec Marcel Pochon. Ce qu’il révèle à son retour est désastreux : les Américains accaparent la matière d’Eldorado.
Pregel et French sont convoqués en juillet 1943 au Laboratoire de Montréal pour négocier l’achat de produits radioactifs. Le compte-rendu de la réunion dévoile la façon dont les deux hommes sont perçus : « French nous a fait une très bonne impression. Pregel fidèle à sa réputation… »
Anglais et Canadiens s’agitent pour obtenir de la matière fissile à un coût abordable, mais se heurtent à l’intransigeance de Boris Pregel, qui cherche à faire grimper les prix. « Si nous lui forçons la main et lui demandons des comptes, son ressentiment pourrait le rendre hostile envers le Laboratoire de Montréal et cela pourrait avoir certaines conséquences scientifiques que l’équipe détesterait ! » stipule un rapport du Laboratoire de Montréal.
Hors de contrôle
Ces plaintes remontent jusqu’au gouvernement canadien et font écho à celles reçues de la part des Américains, qui cherchent à contourner la mainmise de Boris Pregel, le soupçonnant même d’être un espion à la solde des Soviétiques. Un élément les agace par-dessus tout : les factures expédiées sont toujours au nom de ses compagnies personnelles… Et Carl French, pourtant à la tête des finances d’Eldorado, ne montre aucune velléité de récupérer les contrats.
Plusieurs audits signalent en outre que les flux de matières radioactives sont mal surveillés chez Eldorado et que des quantités sont manquantes. En réalisant qu’il a perdu le contrôle d’une industrie stratégique, le gouvernement canadien choisit de nationaliser la compagnie en 1944. La décision intervient tardivement et le Laboratoire de Montréal doit quand même passer sous le contrôle des Américains pour bénéficier d’un accès à la matière.
Cela ne freine pas les ambitions du trio, qui demeure employé d’Eldorado et garde la mainmise sur les approvisionnements. Une commission d’enquête gouvernementale est alors mise sur pied pour explorer les arcanes de l’entreprise. En avril 1945, la Gendarmerie royale du Canada est mobilisée, car il faut saisir de force tous les documents nécessaires. Les bureaux liés aux activités de French, de Pochon et de Pregel font l’objet de perquisitions.
La moisson de documents est fructueuse : de nombreux courriers montrent que les trois hommes ont commis une fraude géante au moyen d’une constellation de sociétés leur appartenant secrètement. Pour s’arroger une partie des gains de la minière canadienne, French, Pochon et Pregel redirigent une part des profits et des activités vers ces entreprises. Les témoignages des équipes montrent même que le trio cherchait à provoquer la faillite d’Eldorado pour récupérer le contrôle du capital à un prix dérisoire.

Une foule de documents racontent l’histoire de l’alliance frauduleuse
des trois hommes d’Eldorado. Photo: Sylvain Lumbroso/Bibliothèque et Archives Canada
Au lieu d’optimiser la production au service des Américains, lancés dans la course à la bombe contre les puissances de l’Axe (Allemagne, Italie, Japon), les trois hommes ont délibérément ralenti les activités pour empocher les gains à la place des actionnaires d’Eldorado. Si les nazis avaient été plus rapides dans leurs recherches nucléaires, ces malversations auraient eu de lourdes conséquences.
Loin d’avoir conclu leur mission, les enquêteurs tomberont par la suite sur d’autres découvertes compromettantes…
Une affaire à étouffer
En décembre 1945, French et Pochon sont arrêtés en Ontario tandis que Boris Pregel, installé aux États-Unis, échappe à ce coup de filet. Mais, contre toute attente, la poursuite criminelle est abandonnée au Canada par le procureur de la Couronne quelques mois après. C’est Eldorado qui prend le relais judiciaire à New York pour récupérer une partie des fonds détournés ; elle attaque Pregel, une de ses compagnies et Carl French. La somme réclamée, qui ne concerne pourtant que huit malversations avérées, est colossale : 2 663 362 dollars américains. En dollars d’aujourd’hui, cela représenterait plus de 45 millions !

Boris Pregel (à gauche) lors de la remise d’une récompense scientifique française au futur président des États-Unis Dwight D. Eisenhower (à droite) en 1949. Photo: The Expositor
Le gouvernement canadien argue que cette somme exorbitante est la meilleure des sanctions et qu’un procès aurait révélé trop de secrets militaires américains. Pourtant, depuis l’explosion des deux bombes nucléaires au Japon, plusieurs documents officiels, dont le rapport Smyth du 12 août 1945, avaient livré au public les grands principes du développement de l’arme atomique. Comme le montrent les échanges gouvernementaux, retrouvés par nos soins dans les archives, le Canada cherche plutôt à éviter la divulgation de transactions embarrassantes effectuées par le trio pendant la guerre. Par ailleurs, le détail du règlement n’a jamais été révélé.
Alors que la guerre froide a déjà commencé, certains échanges avec l’URSS ne sont pas du meilleur aloi. Plusieurs courriers impliquant Pregel montrent ainsi que de l’uranium canadien a été vendu sous le manteau aux Soviétiques, dès 1943, avec l’accord du gouvernement. Une autre lettre indique qu’une société de Carl French a amorcé un dialogue commercial parallèle avec les Russes au même moment. Que dire enfin des tractations menées par Carl French jusqu’en 1941 pour vendre de la matière fissile au Japon, qui s’apprêtait à bombarder les troupes canadiennes à Hong Kong ?
Le rapport rédigé à l’issue de l’enquête sur Eldorado est aujourd’hui accessible. Sans surprise, il ne mentionne pas ces opérations. Dans une lettre restée confidentielle, un enquêteur écrit à son supérieur : « Au vu des événements actuels, j’ai préféré ne pas parler de ces transactions dans le rapport final. Ceci pour éviter que certaines personnes ne puissent émettre des avis embarrassants. Je tenais quand même à vous en faire part. »
En 1949, des rumeurs font état des transactions avec l’URSS, à l’aube de la chasse aux sorcières anticommuniste lancée aux États-Unis. Clarence Decatur Howe, ancien ministre canadien des Munitions, est interrogé lors d’une conférence américaine à propos de la vente d’uranium aux Soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale. Il nie vigoureusement les faits, mais nuance son propos de façon ambiguë : « même s’il y a eu envoi d’uranium à l’époque, je ne crois pas que les Russes en connaissaient l’importance ». L’affaire Fuchs, du nom du physicien du projet Manhattan arrêté quelques mois après ce discours, prouvera le contraire : les Soviétiques étaient parfaitement au courant de l’avancée des recherches américaines et tentaient de reproduire les mêmes procédés dans leurs laboratoires.
En toute impunité

Photo de Marcel Pochon publiée en 1933 dans Le Devoir, qui présente la nouvelle raffinerie de Port Hope. Photo: Le Devoir
Alors que le gouvernement canadien a choisi d’enterrer l’affaire, notre trio reprend la direction de ses multiples entreprises. Ainsi, Pregel est à la tête d’une raffinerie qu’il a fait construire spécialement dans l’État de New York grâce aux connaissances de Pochon et avec la complicité de French pour l’approvisionnement. Jusqu’en 1966, l’usine récupère des déchets de matières radioactives pour fabriquer des dérivés : uranium et radium purifiés, actinium et polonium.
Cette production participe à la prolifération puisque Pregel vend notamment du polonium à Israël. « Cela ne m’étonne pas. Tous les laboratoires qui travaillent sur l’énergie atomique à l’époque ont besoin de polonium, car c’est la source de neutrons la plus accessible pour les expériences », explique Gilles Sabourin, physicien québécois et auteur de Montréal et la bombe, sorti en 2020. Le polonium sert notamment de détonateur dans certaines bombes atomiques.
À Toronto, French traite ces mêmes produits en toute impunité, dans des conditions de travail dangereuses pour ses équipes. Son entreprise, censée exploiter la luminescence du radium pour produire des montres et des tableaux de bord visibles dans le noir, n’hésite pas à livrer du polonium de Pregel à l’Université de Toronto.
La matière transite donc entre les États-Unis et le Canada. Le trio a besoin d’un lieu pour stocker discrètement des produits ou des déchets à détruire. Une ferme proche du centre de Toronto est un endroit idéal pour ce genre d’activité polluante et dangereuse. Jusqu’en 1953, French utilise une exploitation agricole dans le quartier de Scarborough, puis choisit de déplacer son dispositif vers une banlieue plus éloignée, à mesure que la ville s’étend : ce sera Caledon East, futur berceau des Stewart. Pour rassurer les fermiers, le propriétaire devait sans doute relayer les bonnes paroles de son acolyte Boris Pregel, qui proclamait à l’époque que les produits radioactifs constituaient d’excellents fertilisants !
Pour ne pas réveiller une sombre histoire, Ottawa n’intervient pas et laisse des citoyens comme les Stewart acquérir, sans le savoir, des terrains contaminés.
Au sujet de la propriété de Caledon East, les Laboratoires nucléaires canadiens nous ont indiqué qu’il s’agit de « déchets radioactifs historiques de faible activité ». Ce type de déchets « résultent de pratiques passées, qui ne sont plus considérées comme acceptables selon les normes d’aujourd’hui, et le gouvernement du Canada en a pris la responsabilité, car le propriétaire actuel ne peut raisonnablement être tenu responsable », a indiqué un porte-parole, assurant qu’ils « présentent peu ou pas de risques pour la santé et l’environnement dans leur forme actuelle ». Les Laboratoires nucléaires canadiens poursuivent néanmoins les opérations pour les prélever et les stocker ailleurs.
La ville de Montréal est aussi concernée puisque le 1670, rue William a accueilli une succursale de French (Dial and Instrument Finishers Ltd). La Commission canadienne de sûreté nucléaire s’est emparée discrètement du sujet en 1975, sans qu’il soit possible de savoir si les lieux ont été efficacement traités par la suite.

Carl French, le jour où il a été interviewé par Frank Giorno. Photo: Frank Giorno
L’affaire Eldorado a ressurgi dans les années 1980, quand George Heighington, un professeur habitant une maison contaminée, bâtie sur la première ferme de French à Scarborough, a décidé d’attaquer le gouvernement de l’Ontario pour négligence, en compagnie de dizaines d’autres propriétaires.
Frank Giorno a consacré son projet de fin d’études en journalisme à cette contamination de Scarborough. Joint par téléphone, il évoque son entretien avec Carl French, réalisé pour un article paru dans le Globe and Mail : « Avec une autre étudiante, nous sommes allés le voir chez lui en prétendant l’interroger sur son engagement contre le cancer. Au départ, il nous a accueillis chaleureusement. Quand nous avons commencé à poser des questions sur les dégâts causés par ses entreprises, il est entré dans une colère terrible et nous a jetés hors de sa maison. Nous avons publié des articles à l’époque, mais sans avoir toutes les pièces du puzzle. J’attendais depuis longtemps que quelqu’un finisse le travail… »
[Le texte a été mis à jour le 19 décembre 2023 : il fallait lire Goldschmidt et non Goldsmith. Également, le montant mentionné dans le texte est de 45 millions et non 44 millions]