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29 juin 2011
Temps de lecture : 1 minute

Histoire de l’anesthésie : Du petit brandy à McSleepy

Le 30 août 2010, le docteur Thomas Hemmerling, à Montréal, a anesthésié un patient afin qu’il subisse une opération de la glande thyroïde. Un geste routinier pour ce spécialiste de l’Université McGill qui a endormi des centaines de patients aucours de sa carrière. Ce jour-là, le geste n’avait pourtant rien de banal, car le patient en question se trouvait à plus de 6 000 km, à Pise, en Italie! Cette première anesthésie transcontinentale constitue un exploit rendu possible grâce à un robot automatisé. Appelé McSleepy, il a été mis au point en 2008 par le docteur Hemmerling, directeur du Groupe de recherche sur les technologies intelligentes appliquées à l’anesthésie (ITAG), à l’Hôpital général de Mont­réal. Composé de deux ordinateurs portables et d’une série de capteurs reliés au patient, cet automate surveille trois paramètres essentiels lors de l’opération: la profondeur du som­meil, la sensation de douleur et la relaxation musculaire. Il ajuste de façon continue les doses des médicaments qui contrôlent ces paramètres plus rapidement et avec plus de précision que ne le ferait un anesthésiste en chair et en os. Et il peut être «piloté» à distance grâce à une connexion Internet.

Mais au-delà de toute la technologie déployée et de l’avancée majeure que constitue cette opération pour les pays qui manquent de spécialistes ou les régions éloignées, les substances injectées sont les mêmes que pour n’importe quelle anesthésie. Pour abolir la cons­cience d’un patient et induire chez lui une incapacité à percevoir la douleur, il faut lui injecter un cocktail bien précis. Un «Morphée sur glace» composé d’un narcotique, qui lui permet de s’endormir profondément, d’un morphinique, qui le soulage grâce à ses effets analgésiques, et enfin d’un curare, qui amène un relâchement musculaire total et facilite par exemple une ouverture abdominale ou une intubation.

«Anesthésie» vient du grec et signifie «suppression des sensations». Le terme n’existe que depuis 150 ans, mais son origine remonte à des temps beaucoup plus anciens. «Dès l’Antiquité, l’homme connaissait les propriétés de l’opium, dit Marguerite Zimmer, auteure de L’Histoire de l’anesthésie, méthodes et techniques au XIXe siècle. Au IXe siècle, les médecins avaient recours à des éponges soporifiques imprégnées de différentes substances narcotiques, comme l’opium, le chanvre ou la mandragore.»

Cependant, la plupart des religions considérant la souffrance comme une volonté de Dieu, celle-ci a longtemps fait partie intégrante de la maladie. «Le conditionnement spirituel du malade était alors très fort; celui-ci attendait beaucoup de l’implication divine pour le soulager de ses maux, poursuit Marguerite Zimmer. Au Moyen Âge, par exemple, les gens croyaient beaucoup au pouvoir des 14 saints intercesseurs.» Saint Denis a ainsi dû être invoqué de nombreuses fois, tantôt pour délivrer d’une possession diabolique, tantôt pour un mal de tête!

Lire la suite dans notre numéro d’août-septembre 2011

(photo : Science Photo Library)

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