Bruno Bouchard
Domotique, directeur du Laboratoire d’intelligence ambiante pour la reconnaissance d’activités (LIARA) à l’Université du Québec à Chicoutimi
De l’intelligence mur à mur
Une équipe de chercheurs du Saguenay pousse l’informatique très loin pour favoriser le maintien à domicile des personnes âgées. L’ordinateur, colocataire de demain?
Par Raymond Lemieux
Avec ses collègues du Laboratoire, la neuropsychologue Julie Bouchard et son ancien professeur informaticien Abdenour Bouzouane, il a conçu le prototype d’un appartement hyperbranché, qui a été aménagé dans le pavillon central de l’université. «Il est truffé de capteurs. Il y en a dans les plaques du plafond, dans les tapis, sur les murs; tout ça est relié à un ordinateur central qui peut veiller sur la personne en perte d’autonomie», explique le chercheur.
Ces derniers mois, des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce ont été invitées à expérimenter l’appartement-laboratoire. «On leur demandait de faire griller des toasts, de préparer un café ou d’emballer un objet.» Tous ces appareils sont reliés à des capteurs connectés à un ordinateur central qui, grâce à des algorithmes programmés, peut définir le profil comportemental de la personne, signaler un problème et aider le résidant dans son activité. Ainsi, si un geste paraît anormal – on oublie d’ôter la casserole du feu ou de retirer les rôties du grille-pain –, le système peut envoyer un message pour alerter la personne afin qu’elle corrige le problème.
«Technologiquement, on a tout pour concevoir cette maison intelligente, et nous sommes en train d’établir des collaborations afin de passer à une autre étape: adapter les maisons et les appartements pour favoriser le maintien à domicile.» Ainsi, les chercheurs du LIARA affinent leur système afin qu’il puisse aussi être installé dans un logement où intervient un proche aidant – comme on dit dans les milieux de la santé et des services sociaux – ou encore dans des unités de centres d’hébergement. Une façon de diminuer le fardeau – et l’anxiété – de ceux et celles qui entourent les malades. Inutile, par exemple, de s’inquiéter pour sa mère ou son père resté à l’intérieur de la maison pendant que l’on tond le gazon: le système nous avertira en cas de pépin.
Bruno Bouchard convient que certaines personnes âgées peuvent se montrer rétives face à la technologie. «Ces outils sont là pour les aider. Et si on leur explique que, grâce à cela, elles peuvent rester chez elles au lieu de partir en maison de retraite, je suis persuadé qu’elles vont y trouver de sérieux avantages.»
Même malades, la plupart des gens préfèrent rester chez eux, avec leurs vieilles photos accrochées au mur, leurs bibelots sur les étagères et leurs meubles qui ont abrité leurs plus anciens secrets. «C’est très fort, l’attachement à son home», rappelle-t-il. Avec la maison intelligente, ose le chercheur, on peut rêver d’un «home smart home».