Image: Marvin Meyer/Unsplash
Il est vrai qu’en techno on aime célébrer la jeunesse. Mais quel message cela envoie-t-il?
J’ai une amie qui travaille dans le secteur des technologies et qui ne révèle jamais son âge réel. La raison ? « Il y a beaucoup d’âgisme dans ce milieu et je n’aurais pas les mêmes occasions professionnelles si les gens savaient que j’ai plus de 40 ans. »
Il est vrai qu’en techno on aime célébrer la jeunesse, entre autres à l’aide de palmarès qui mettent en vedette les talents précoces, comme le 30 Under 30 de Forbes et l’Innovators Under 35 de la MIT Technology Review. Quel message cela envoie-t-il ? Le monde de la techno fait-il de l’âgisme?
Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, a lancé cette phrase, devenue célèbre, au cours d’une allocution à l’Université Stanford, en Californie, en 2007 : « Les jeunes sont juste plus intelligents. » Dans un article pour le moins étonnant de 2014 paru dans The New Republic, un chirurgien plastique de la Silicon Valley, qui se dit le deuxième acheteur de Botox en importance dans le monde, décrit sa clientèle ainsi : des jeunes de 26 ans du domaine des technologies et qui veulent avoir l’air… plus jeunes!
Quête de l’innovation
Pour le moment, autant dans les jeunes pousses que dans les grandes entreprises, il se trouve peu de gens qui s’inquiètent vraiment de la discrimination fondée sur l’âge. C’est que tout cela se passe sous le couvert de la quête de l’innovation et de la performance, auxquelles on associe la jeunesse. L’âgisme devient ainsi le dernier préjugé acceptable.
Pourtant, les travailleurs plus âgés sont tout à fait capables de se renouveler et de s’adapter. Et ne craignez pas de mettre à leur disposition un nouveau logiciel ! Un sondage réalisé en 2016 auprès de 4 000 employés en technologies de l’information par l’entreprise Dropbox révèle que les personnes de plus de 55 ans sont en fait moins susceptibles que leurs jeunes collègues de trouver l’utilisation des technologies stressante.
Un autre cliché ayant la vie dure ? Celui voulant qu’on soit un jour trop vieux pour apprendre. Il est vrai que certaines fonctions cognitives, telles que la vitesse de traitement de l’information et la mémoire épisodique, diminuent avec l’âge. Mais comme le montrent de plus en plus d’études, d’autres fonctions, comme la mémoire sémantique, le langage et la perception des émotions, s’améliorent en vieillissant.
Entêtement nuisible
Malgré tout, des employeurs voient encore dans les travailleurs plus âgés un mauvais investissement de temps et de ressources. Ils voguent toutefois à contre-courant des tendances, alors que l’espérance de vie s’allonge et que le milieu technologique connaît une pénurie de main-d’œuvre qualifiée depuis plusieurs années.
Leur entêtement pourrait leur coûter cher : c’est plutôt en refusant de piler sur leurs préjugés qu’ils risquent de ne pas être aussi productifs que désiré. Et je salue au passage ce nouveau palmarès de Forbes qui célèbre les réalisations de 50 femmes de 50 ans et plus. Un pas dans la bonne direction.