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L’intelligence artificielle suscite les plus grands espoirs, allèche les investisseurs et… inquiète les experts. Vu la rapidité du changement technologique, prenons le temps d’évaluer ses impacts.
« L’intelligence artificielle conduira probablement à la fin du monde, mais, entretemps, il y aura de grandes entreprises. » Le PDG de la compagnie OpenAI, Sam Altman, lançait ce trait d’esprit en 2015. Les réactions affolées face à son plus récent produit, l’agent conversationnel ChatGPT, confirment qu’il n’est plus le seul à croire aux dangers de l’intelligence artificielle (IA).
Pour ma part, les réactions des dernières semaines me donnent un goût de déjà-vu. Il n’y a pas si longtemps, les cryptomonnaies, la voiture autonome et la 5G suscitaient des inquiétudes similaires. Chaque fois, on parle de « révolution » et on anticipe des effets sociaux pervers, comme des mises à pied massives ou une perturbation de pans entiers de l’économie. Puis, la poussière retombe et notre regard se tourne vers la prochaine technologie. Le processus est tellement convenu qu’il porte même un nom : le cycle des attentes technologiques.
Il est vrai que, cette fois-ci, les choses semblent différentes. Fin mars, de grands noms du monde des technologies ont signé une lettre ouverte demandant de « mettre sur pause » le développement des technologies d’IA les plus puissantes, s’inquiétant du manque d’encadrement de l’industrie.
Au-delà des rebondissements de l’IA, « dans le domaine de la technologie, le progrès se fait rarement du jour au lendemain », rappelle la doctorante en science, technologie et société à l’Université du Québec à Montréal Florence Lussier-Lejeune. Elle est coauteure d’un livre intitulé Attentes et promesses techno-scientifiques qui s’intéresse aux effets économiques et politiques du battage publicitaire entourant les nouvelles technologies – ce qu’elle appelle « l’économie de la promesse ».
Revenons à Sam Altman. « Je crois que l’IA sera la plus grande force d’autonomisation économique […] que nous ayons jamais vue », tweetait-il en février 2023. Peut-être. Dans son essai, Florence Lussier-Lejeune détaille comment les annonces mirobolantes de ce type provoquent une course aux investissements. Sauf que « les promesses d’innovation créent rarement les résultats escomptés et drainent des ressources substantielles au profit de concepts à la mode ».
Ces promesses sont aussi généralement fort nébuleuses. En quoi consiste une « force d’autonomisation économique » ? Ce flou contribue à donner un air de véracité aux promesses, « les éléments éloignés dans le futur [étant] plus crédibles s’ils sont traités sans trop de détails », relève la chercheuse. On insistera sur la nécessité d’agir rapidement, les innovations arrivant trop vite pour permettre de les étudier à tête reposée.
Nous en venons ainsi à accorder une confiance aveugle aux individus qui profitent le plus de ces développements technologiques. Comment, dans ce contexte, s’assurer que ceux-ci profiteront à toute la société ? Florence Lussier-Lejeune aimerait voir plus de discussions qui intégreraient toutes les parties prenantes, incluant les utilisateurs et utilisatrices. C’est justement ce que demandent les spécialistes de l’IA.
Un tel processus demandera du temps. Tant mieux.