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12 mars 2021
Temps de lecture : 1 minute

La pandémie et la distorsion de la réalité

Image: Alexandra_Koch/Pixabay

La pandémie nous a forcés à partager notre intimité en vidéoconférence et celle-ci n’est évidemment ni lisse ni parfaite. Mais le désir de bien paraître est plus fort que tout, comme le montrent les gadgets pour améliorer notre apparence à la caméra.

Depuis le début de la pandémie, mes dépenses liées au travail ont diminué : finis les lunchs avec les collègues, le renouvellement mensuel de ma carte de transport et les jolis vêtements pour lesquels personne ne me complimentera. Mais je ne suis pas si frugale. J’ai acheté un support d’ordinateur, un casque d’écoute de qualité supérieure, un trépied et une lumière très flatteuse. Je suis loin d’être la seule à avoir eu cette idée !

Un sondage réalisé par la compagnie Signs.com auprès de 1 507 personnes a révélé que 71 % d’entre elles ajustent l’éclairage avant un appel de vidéoconférence et que plus de la moitié mettent de l’ordre dans leur arrière-plan. La pandémie nous a forcés à partager notre intimité et celle-ci n’est évidemment ni lisse ni parfaite. Mais le désir de bien paraître est plus fort que tout. Ainsi sont apparus trépieds et supports d’ordinateurs pour avoir une caméra à la hauteur des yeux (afin de ne pas mettre l’accent sur notre double menton) et à haute définition (mais pas trop performante pour conserver un flou artistique) et surtout un halo lumineux pour uniformiser le teint et faire briller nos yeux ! Dans les premiers mois de la pandémie, certains de ces appareils sont devenus aussi difficiles à trouver que du papier de toilette et du gel antiseptique !

Mais regarder son propre visage, dans une miniature de vidéo, plusieurs heures par jour peut devenir malsain, surtout pour les personnes atteintes de dysmorphophobie, un trouble qui touche environ deux pour cent de la population et qui est caractérisé par une préoccupation excessive de l’apparence au point de provoquer une détresse psychologique. Katharine Phillips, professeure de psychiatrie au Weill Cornell Medical College de l’Université Cornell, à New York, a vu les symptômes chez ses patients atteints de ce trouble s’accentuer au cours des derniers mois. En Australie, des chercheurs ont aussi observé davantage de détresse chez des individus présentant des troubles dysmorphiques, durement touchés par la fermeture des salons de beauté pendant les épisodes de confinement. Katharine Phillips estime que le stress de la crise sanitaire pourrait déclencher l’apparition du trouble chez des gens ayant des prédispositions (comme le fait d’avoir subi de l’intimidation à l’école).

En montrant à nos interlocuteurs une image parfaite, à quel jeu jouons-nous ? À quelles attentes voulons-nous correspondre ? Celles de la société… ou celles dans notre tête ? Alors que nous nous retrouvons, pour la première fois peut-être, dans une situation où nous sommes littéralement tous dans le même bateau, n’est-ce pas une occasion d’arrêter de faire semblant et de s’offrir un peu de vulnérabilité ?

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