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Imaginez que vous êtes dans un grand groupe en pleine conversation animée. Sauf que, chaque fois que vous parlez, personne ne semble écouter. Personne ne regarde dans votre direction ni ne vous répond. Il y a de quoi perdre la tête !
Cette situation risque peu de se produire en chair et en os, mais son équivalent en ligne a un nom : le shadow ban, qu’on pourrait traduire par « exclusion fantôme ». Le phénomène est né en 2001, lorsque les administrateurs d’un forum de discussion ont décidé de cacher aux autres utilisateurs les publications d’individus jugés importuns.
L’avantage d’une telle pratique paraît indéniable : elle permet aux plateformes de réseaux sociaux de réduire au silence des fauteurs de troubles sans leur révéler qu’ils sont mis au ban de groupes d’internautes. Ceux et celles qui abusent de l’anonymat que leur offre le Web pour partager des contenus indésirables sont connus pour leur capacité à contourner les règlements. Ne se sachant pas exclus, ils ne se créeront pas une nouvelle identité pour polluer la Toile.
Le shadow ban est-il acceptable pour autant ? Difficile de s’émouvoir pour les trolls, mais qu’en est-il des autres ?
Politiciens et militants blâment les plateformes de réseaux sociaux de les empêcher de partager leur vision du monde en réduisant la portée de leurs publications. En 2018, Twitter a été accusé par des élus républicains d’avoir effacé leurs comptes des résultats de recherche. En 2020, un sondage du collectif Hacking//Hustling révélait que le tiers des travailleuses du sexe en ligne qui avaient été interrogées déclaraient avoir perdu accès à leur auditoire sur les réseaux sociaux.
Enfin, durant les manifestations du mouvement Black Lives Matter, toujours en 2020, TikTok avait été accusé de cacher les vidéos portant le mot-clic #BlackLivesMatter. La compagnie avait présenté ses excuses, affirmant qu’il s’agissait d’un bogue.
Experte en réseaux sociaux, Nellie Brière doute qu’il s’agisse d’exclusion fantôme. Ce sont plutôt les algorithmes qui donnent cette impression. « Ils vont toujours accroître l’importance et la visibilité de ce qui est populaire », dit-elle.
Le problème réside dans le fait que ces algorithmes ont une tâche quasi impossible. Leur mission est de maintenir l’ordre dans un lieu peuplé de gens aux valeurs, expériences et cultures différentes. Et les humains derrière ces algorithmes ne sont pas exempts de biais.
Pour éviter les injustices, il est essentiel que leurs méthodes de modération deviennent transparentes. On ne change pas le monde en criant dans le vide.