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25 novembre 2015
Temps de lecture : 2 minutes

Plus de feu dans la cheminée?

Marc Bédard «tripe» sur le chauffage au bois. Sa maison unifamiliale est située en banlieue de Québec; et ce pompier de 39 ans la tient au chaud exclusivement grâce à un poêle à semi-combustion lente. Des ventilateurs diffusent uniformément la chaleur dans les pièces.

Marc brûle chaque année une vingtaine de cordes de bois, récoltées sur la terre familiale de huit hectares située à Saint-Antoine-de-Tilly. Pruches, merisiers et hêtres, tout est bûché, scié, fendu, pilé et séché presque deux ans à l’avance.

«J’aime le confort que me procure le chauffage au bois», assure le père de famille qui ne compte plus le temps consacré chaque année à l’entreprise. Chez lui, la «culture du chauffage au bois» se transmet de génération en génération, dit-il.

Malheureusement, n’en déplaise à Marc, chauffer au bois entraîne chaque année près de 2000 décès prématurés, révèle une étude de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) publiée en 2008; rien qu’à Montréal, la Direction de la santé publique parle de près de 900 décès. Les grands responsables: les contaminants atmosphériques issus de la combustion du bois, comme le monoxyde de carbone (CO), les composés organiques volatils (COV), l’oxyde d’azote (NOx), les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Mais, surtout, les particules inférieures à 2,5 micromètres (PM2,5) qui pénètrent profondément dans les poumons et irritent les voies respiratoires.

Les particules fines contenues dans la «boucane» sont si préoccupantes pour la santé que la Ville de Montréal a adopté une réglementation sur le chauffage au bois en août 2015. Dès le 1er octobre 2018, les poêles à bois et les foyers émettant plus de 2,5 grammes de particules par heure (g/h) seront interdits dans les 19 arrondissements de la métropole. Objectif: réduire de 80% les émissions de particules fines. À ce jour, Montréal est la seule municipalité québécoise à avoir adopté de telles mesures.

Chez les spécialistes, cette décision de la Ville est perçue comme une victoire. D’autant plus que la version initiale du règlement, qui prévoyait d’interdire purement et simplement l’installation de nouveaux appareils de chauffage au bois, permettait l’utilisation sans restriction des 50 000 vieux modèles déjà installés. Ces derniers sont réputés très polluants – on parle d’émissions de l’ordre de 70 g/h de particules fines, soit 15 fois le seuil maximal de 4,5 g/h actuellement en vigueur partout en Amérique du Nord!

«Je trouvais stupide le scénario de l’interdiction », admet Jamal Chaouki, professeur titulaire en génie chimique à l’École polytechnique de Montréal et spécialiste des questions de combustion. Le bois, rappelle-t-il, est une source énergétique abondante au Québec; il ne doit pas être négligé. «De toute façon, ajoute-t-il, s’il n’est pas utilisé, il pourrit dans les forêts, relâchant le CO2 qu’il contient. Aussi bien le brûler et en tirer de l’énergie!»

Même son de cloche du côté de l’Association des professionnels du chauffage. «Les technologies actuelles ne sont plus comparables à celles des vieux poêles à bois», affirme Chantal Demers, directrice générale de l’organisme qui regroupe 250 membres et partenaires de l’industrie du chauffage d’appoint. Présence d’une deuxième arrivée d’air qui favorise la double combustion, isolants qui préservent la chaleur, briques réfractaires, déflecteurs. Dans les poêles modernes, tout est optimisé afin de garder la chaleur et réduire les émissions polluantes.

Pour s’en convaincre, il suffit d’observer ce qui sort de la cheminée. «Dans le cas d’un vieux poêle, on verra une généreuse fumée blanche, tandis que, dans celui d’un appareil homologué par l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA), ce sera de la vapeur d’eau», garantit Chantal Demers. Les fabricants d’appareils de chauffage au bois n’auront pas le choix: ils devront améliorer le design de leurs produits afin de se conformer à la norme de 2,5 g/h que l’EPA compte mettre en place en 2020.

Combien coûtent ces nouveaux poêles conformes? Cher: de 3000$ à 5000$ pour l’appareil, l’installation et la main-d’œuvre. Parfois même plus. Il y a sept ans, Marc Bédard a payé plus de 12000$ pour le sien, aménagement compris. Un choix qu’il ne regrette pas, bien au contraire: «Chez nous, le poêle est l’attrait principal. Nos invités se regroupent spontanément autour, c’est immanquable!»

Sans doute les fêtes, sans lui, seraient-elles un peu… froides?

 

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