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Les yeux de la planète sont tournés vers Glasgow, en Écosse, où a lieu du 31 octobre au 12 novembre la 26e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques. Quels seront les enjeux discutés entre les nations?
Repoussée d’un an à cause de la pandémie, cette COP26 est particulièrement importante, car chaque État devra démontrer son réel engagement face aux changements climatiques et à ses ambitions en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). C’est lors de la COP21, en 2015, qu’a été adopté l’Accord de Paris ; la COP26 représente donc un moment attendu pour que les pays s’entendent afin de limiter la hausse des températures à 1,5 °C à l’échelle planétaire par rapport aux niveaux préindustriels. Cet objectif est inatteignable à moins d’accélérer fortement et dès maintenant les mesures de lutte et la transition énergétique.
À la veille de cet événement mondial, voici quatre enjeux à surveiller.
Cibles climatiques plus ambitieuses
Il est attendu que les gouvernements arrivent à la table des négociations avec des cibles climatiques ambitieuses. Lorsque les nations avaient signé l’Accord de Paris, elles s’étaient engagées à présenter des objectifs encore plus élevés tous les 5 ans. « Cela ne signifie pas seulement d’avoir de meilleures cibles à long terme, mais aussi de s’engager à davantage que ce que l’on avait promis », souligne Annie Chaloux, professeure à l’Université de Sherbrooke (UdeS) et spécialiste des accords et traités internationaux ainsi que des changements climatiques. « Par exemple, pour 2030, le Canada s’était engagé à réduire ses émissions de GES de 30% par rapport au niveau de 2005. Lors du sommet pour le climat de Joe Biden, le Canada a rehaussé sa cible à 40% pour 2030. L’idée est de toujours être de plus en plus ambitieux, en se donnant le temps, soit 5 ans, pour mettre le tout en œuvre », ajoute-t-elle.
De son côté, Eddy Pérez, directeur de la diplomatie climatique internationale pour le Réseau Action Climat, souligne que l’objectif de cette COP n’est pas d’adopter un traité en tant que tel, mais de rapprocher les États pour réussir à s’entendre sur des cibles, malgré le contexte géopolitique. « Le Royaume-Uni [qui est l’hôte de l’événement] espère que cette COP envoie comme message qu’il faut limiter la hausse de température à 1,5 °C et que cet objectif est à la portée de tous si l’on saisit les occasions de coopération internationale », soutient-il.
Le financement climatique
Cet aspect sera au cœur des discussions. « Les 100 milliards de dollars que les pays riches ont promis depuis 2009 seront dans la tête de tous les négociateurs qui seront sur place, car cette année est celle du bilan à la COP26 », fait savoir Eddy Pérez, qui sera sur place pour assister aux discussions.
Les pays riches s’étaient alors engagés, à partir de 2020, à mettre sur la table 100 milliards de dollars par année pour aider les pays en développement à s’adapter au changement climatique. « Le problème, c’est que les États n’ont pas donné suffisamment jusqu’à maintenant », souligne Annie Chaloux. L’objectif ne sera probablement pas atteint avant 2023. « C’est un enjeu de crédibilité. Si on ne parvient pas à s’entendre sur le financement, cela risque de créer une division entre les pays riches et les pays en développement », indique l’experte. Un article publié dans Nature fait ressortir que plusieurs nations riches, dont les États-Unis, l’Australie, le Canada et la Grèce, sont loin d’avoir contribué comme ils l’auraient dû d’après leur système économique respectif.
Le marché du carbone
Les discussions autour de l’article 6 sur les mécanismes de transfert des émissions sur le marché mondial du carbone seront aussi à surveiller. Les COP précédentes n’ont pas réussi à mettre en œuvre ce marché. « Les pays essaient de s’entendre pour que ce mécanisme aille au-delà des échanges d’émissions, c’est-à-dire véritablement réduire de plus en plus les émissions de GES dans l’atmosphère », explique Annie Chaloux. En effet, les échanges de « droits à polluer » ne mènent pas à une réduction globale des émissions.
L’idée derrière l’article 6 (non finalisé) est qu’un pays qui ne possède pas de cibles de réduction ambitieuses et qui a du mal à atteindre ses objectifs de réduction, par exemple, ne puisse pas acheter ses crédits carbone à d’autres États qui auraient fait leurs devoirs. « On ferait juste transférer le problème. Il y a énormément d’enjeux qui concernent ces mécanismes de transfert. Est-ce que l’on parviendra à avoir un article 6 qui soit suffisamment robuste? » se demande la professeure. S’il ne l’est pas, certains pays pourraient aussi utiliser cette faille pour effectuer le double comptage des réductions, à la fois par le pays vendeur et par le pays acheteur. Par exemple, le Brésil, qui possède le plus large puits de carbone avec la forêt amazonienne, pourrait vendre les crédits correspondant à cette « réduction » d’émissions de GES à d’autres pays tout en comptabilisant les crédits pour son propre compte.
Conséquences pour les pays en développement
Ceux qui vivent le plus de préjudices face à la menace climatique sont les pays en développement qui subissent les premiers la montée rapide des eaux, la perte de la biodiversité, etc. Malheureusement, ces pays n’ont pas autant de délégués sur place cette année que les pays mieux nantis à la COP26. « Alors que le Canada et les États-Unis ont de grandes délégations qui peuvent s’y déplacer, un tiers des petits États insulaires ont déclaré qu’ils ne pouvaient pas envoyer de délégués. Ceux-ci auraient pourtant dû être grandement représentés pendant les négociations. Les conséquences des changements climatiques sont vécues et ressenties dans certaines régions qui ne seront pas bien représentées lors de cette conférence », remarque Eddy Pérez. On assistera probablement à un déséquilibre du pouvoir lors des décisions finales.
« Les pays en développement veulent qu’au-delà du financement climatique, on commence à réfléchir aussi à la façon de contribuer pour les aider dans des situations de désastre climatique qu’ils n’ont pas causées », mentionne Annie Chaloux, qui ne s’attend pas à ce que cet enjeu très litigieux soit réglé pendant cette COP.
Pourtant, la solidarité internationale est possible. On l’a bien vu, les scientifiques de la planète ont collaboré afin de faire avancer rapidement les connaissances et ultimement, mettre au point un vaccin efficace contre le virus. Cet effort mondial est un exemple frappant que les États peuvent aussi s’entraider dans la lutte contre les changements climatiques.
Quelle est la position du Canada?
Le Canada arrive à la COP26 en meilleure position que lors des COP précédentes. La nomination de Steven Guilbeault au poste de ministre fédéral de l’Environnement peut donner une certaine crédibilité au pays. Il a déjà participé à de nombreuses autres COP par le passé en tant qu’activiste écologique. « Il a cependant le fardeau de représenter le Canada, mais c’est quelqu’un qui a toujours eu à cœur l’action climatique », indique Eddy Pérez.
« Le défi du Canada est de respecter ses engagements, ce qu’il a tendance à ne pas faire », mentionne Annie Chaloux. « Le Canada doit agir et ne peut pas juste dire aux autres que c’est important. S’il est un contributeur historique dans la lutte aux changements climatiques, il est quand même un grand émetteur de gaz à effet de serre. »
Quel discours sera à surveiller?
La jeune écologiste militante Greta Thunberg, qui a marqué les esprits à plusieurs reprises lors de ses discours, sera présente à l’événement. Cette année, il faudra également rester à l’écoute de ce qu’auront à dire les peuples autochtones. « Les chefs autochtones présenteront un message clair sur la protection de la biodiversité et la protection des droits des peuples autochtones et des droits humains », mentionne Eddy Pérez.