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22 novembre 2022
Temps de lecture : 2 minutes

Les hôpitaux tombent en ruine

Image: Wikimedia Commons

Plusieurs centres hospitaliers de la Belle Province sont vétustes. Qui choisira d’aller travailler dans un hôpital délabré où tout le mon­de se marche sur les pieds et où les infections se propagent plus qu’ailleurs?

Des fenêtres condamnées. Des poubelles qui débordent. Des chasses d’eau brisées. Des briques qui tombent sur les passants. De la peinture défraîchie qui s’écaille. Des ascenseurs en panne. De la moisissure dans les plafonds. Des cadres de porte rafistolés avec du ruban adhésif. Même une chauve-souris qui sème la terreur !

On se croirait dans une maison hantée ou encore dans Les invasions barbares, ce film de Denys Arcand, sorti en 2003, où un personnage vit ses dernières heures dans un hôpital qui tombe en ruine. Hélas, on est plutôt en 2022, à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR), l’un des plus grands de Montréal.

Malheureusement, le premier para­graphe de cette chronique aurait aussi pu décrire plusieurs centres hospitaliers de la Belle Province : ceux de Saint-Jérôme, Hull, Sorel, Gaspé, alouette ! Toutes les régions ont leur place dans le triste palmarès des pires centres de soins.

Un hôpital moderne n’est pas un luxe. Une grande partie des établissements hospitaliers du Québec ont été construits au début du siècle dernier. La technologie a évidemment évolué et les équipements et appareils médicaux sont beaucoup plus volumineux de nos jours. Conséquence : il manque de place pour les entreposer et pour circuler.

Pour optimiser l’espace, on installe des patients dans des corridors ou l’on en place plus d’un par chambre − une catastrophe pour la transmission des infections, on l’a d’ailleurs mesuré pendant la pandémie, mais aussi pour la confidentialité. Discuter d’aide médicale à mourir avec une patiente en fin de vie pendant qu’un autre fait ses besoins sur une chaise d’aisance à quelques mètres derrière un rideau, c’est ordinaire. On repassera pour la dignité.

Certes, les hôpitaux doivent respecter certaines normes de qualité et de sécu­rité. Agrément Canada est l’organisme qui procède à l’évaluation obligatoire des centres hospitaliers au Québec tous les cinq ans. En 2017, 12 % de ces bâtiments étaient en « mauvais » ou en « très mauvais » état. Disons que la pandémie et les compressions bud­gétaires n’ont pas aidé la cause. À l’HMR, on exécute tant bien que mal des travaux d’entretien minimaux afin de « passer le test » en 2023. Et l’on se croise les doigts pour que la construction d’un nouvel hôpital, initialement promise pour 2022, puis 2028 et enfin 2033, ne soit pas trop retardée

Que le plafond nous tombe sur la tête est une chose, que les malades n’aient pas accès à des soins de qualité en est une autre. Et si les hôpitaux n’ont pas besoin d’être attrayants pour les malades, ils doivent l’être pour recruter du personnel compétent et motivé. En contexte de pénurie de main-d’œuvre, c’est crucial. Qui choisira d’aller travailler dans un hôpital délabré où tout le mon­de se marche sur les pieds et où les infections se propagent plus qu’ailleurs ?

Il me faut avouer toutefois que le fait de mettre une seule personne par chambre ne présente pas que des avantages. L’augmentation de la dis­tan­ce entre les chambres ajoute à la char­ge de travail du personnel et la supervision des patients en devient moins régulière. Des malades plus vulnérables appré­­cient aussi la présence d’un voisin de chambre, qui peut appeler le personnel soignant si nécessaire.

Il faut donc prendre au sérieux la réfection de nos hôpitaux vétustes. Car si l’on a besoin de murs, on a encore davantage besoin de bras.

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