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03 mai 2023
Temps de lecture : 3 minutes

Comment protéger les villes des vagues de chaleur?

Photo: Gerd Altmann/Pixabay

Dans le monde, les villes doivent s’adapter aux vagues de chaleur de plus en plus nombreuses. Québec Science a interrogé Madani Azzeddine, un spécialiste algérien du sujet qui sera de passage à Montréal la semaine prochaine pour participer au 90e congrès de l’Acfas.

Les zones urbaines sont de plus en plus touchées par des vagues de chaleur, selon le dernier rapport de l’Organisation météorologique mondiale sur l’état du climat en 2022. Le Québec n’est pas épargné : un atlas, mis au point en 2018 par une équipe de l’Université Laval, montre que l’environnement urbain du Québec est menacé. Des stratégies d’adaptation doivent donc être mises en place ici, comme dans le reste du monde.

Madani Azzeddine, professeur en géographie et aménagement du territoire à l’Université de Khemis Miliana, en Algérie, consacre ses recherches aux vagues de chaleur. Il répond à nos questions quelques jours avant la conférence qu’il donnera au congrès de l’Acfas le 9 mai.

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Madani Azzeddine, professeur en géographie et aménagement du territoire à l’Université de Khemis Miliana, en Algérie. Photo: Manal Madani

Québec Science : Comment les vagues de chaleur vont-elles transformer les villes ?

Madani Azzeddine : Les personnes âgées, les personnes ayant des maladies chroniques et les enfants sont les plus affectés. Ils devront changer de mode de vie, pour ne pas s’exposer aux températures trop élevées, pouvant parfois être mortelles. La chaleur, insupportable à certaines heures, empêchera une grande partie de la population de vaquer à ses occupations à l’extérieur. Nos comportements quotidiens vont totalement changer.

Le fonctionnement général des villes sera aussi touché. Les besoins en électricité ou en carburant vont augmenter [lors des pics de chaleur]. Il faudra également davantage d’eau pour se rafraîchir et pour arroser le couvert végétal de la ville, qui en aura besoin pour se maintenir en vie.

Q. S. : Est-ce que le Québec va être touché dans les années à venir ?

M. A. : La population va sentir l’effet de la hausse de chaleur comme elle l’a déjà sentie en période de canicule en juillet et août ces dernières années. Cependant, l’environnement urbain du Québec est marqué par un couvert végétal étendu, et une démarche de végétalisation, qui contribuent à la réduction de l’effet de ces vagues de chaleurs. Mais d’autres actions restent à mener pour garantir une adaptation adéquate, surtout que le taux de population vulnérable y est élevé.

Q. S. : Comment avance la recherche en aménagement urbain ?

M. A. : Les chercheurs partout dans le monde sont conscients de la situation, et chacun essaye de trouver les meilleures actions qui conviennent à chaque contexte. L’efficacité des actions dépendra des moyens financiers utilisés et de leur qualité. Il est nécessaire de repenser la forme des villes, en particulier le tracé des rues, les constructions et les espaces libres pour favoriser la circulation des vents. Mais les mauvaises décisions, dans certains pays, sont parfois à l’origine de l’aggravation de la situation dans les villes face aux vagues de chaleur.

Q. S. : Quelles sont les actions reconnues comme efficaces ?

M. A. : Les villes peuvent planter des arbres, des plantes, des buissons dans les espaces publics pour créer des zones ombragées, réguler la température et améliorer la qualité d’air. Il est aussi possible de rafraîchir les habitants en aménageant des ilots de fraîcheur, soit des espaces verts, des bassins d’eau et des fontaines. L’isolation des bâtiments est un autre moyen de réduire la chaleur, et l’utilisation de la climatisation. Autrement dit, il faut construire des bâtiments écologiques avec des systèmes de refroidissement passifs, basés sur des toits verts, des revêtements de toit réfléchissants ou encore des murs végétalisés.

Q. S. : Quelles villes montrent l’exemple?

M. A. : Beaucoup de villes dans le monde ont lancé des opérations. New York a mis en place un programme de plantation d’un million d’arbres. Paris remplace plusieurs zones bétonnées par des espaces verts. Singapour a développé un programme de végétalisation de ses bâtiments, sur les toits et les façades, et crée des espaces dotés de plans d’eau. Berlin a développé des programmes de sensibilisation, pour encourager les habitants à végétaliser les balcons et à créer des jardins dans les cours intérieures. Barcelone a opté pour la peinture des toits des bâtiments en blanc pour réduire l’absorption de la chaleur. Tokyo, quant à elle, a utilisé des peintures réfléchissantes sur les routes et les bâtiments. Les exemples, et les solutions, sont nombreux. La recherche scientifique avance rapidement.

Q. S. À quoi ressemblerait une ville faite pour résister aux canicules ?

M. A. : La ville de demain, qui résiste aux vagues de chaleur mortelles, sera complétement différente des villes actuelles. Elle aura un urbanisme marqué par l’introduction de techniques d’ombrages, qui protègent du rayonnement solaire. Des zones d’abris contre la chaleur seront visibles dans plusieurs endroits des villes : des parcs aquatiques, des micro-forêts urbaines. Des arbres à feuillage très denses seront plantés. Le télétravail sera de plus en plus offert par les employeurs, ce qui réduira les déplacements des travailleurs. Il est possible que les tranches d’heures de travail en extérieur changent pour éviter les risques. Les bords des routes et les cours des écoles seront de plus en plus végétalisés. Il est fort probable que les revêtements soient blancs, puisque cette couleur renvoie la chaleur.

Et, les villes comme Montréal, dotées de grands espaces souterrains, vont les utiliser pour se protéger contre la chaleur. Les concepteurs des nouvelles villes vont, de plus en plus, créer des espaces souterrains animés.

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