Photo: Shutterstock
Après six décennies de recherche, deux vaccins sont enfin approuvés pour lutter contre le virus respiratoire syncytial.
On se souvient tous de la triple crise vécue à l’automne 2022 : le Québec luttait alors contre la COVID-19, la grippe et le virus respiratoire syncytial (VRS). Les hôpitaux débordaient.
Le VRS est surtout risqué pour les personnes immunodéprimées ou âgées et les nouveau-nés. Il peut causer une infection grave des voies respiratoires inférieures; on parle de bronchiolite ou de pneumonie sévère.
Pour les bébés
Le virus est ainsi responsable de 60 à 80% des hospitalisations de poupons pour bronchiolite. La plupart des petits patients ont besoin d’oxygène et certains se retrouvent aux soins intensifs.
Santé Canada a approuvé un nouveau produit pour les bébés. Il s’agit du nirsevimab, ou Beyfortus (son nom commercial). Une dose unique permet de protéger les petits pendant leur première saison de circulation du virus. Le nirsevimab a été testé dans les deux hémisphères de la planète. Un essai clinique réalisé sur quelque 1500 nourrissons âgés de un an et moins a montré une efficacité de 74,5 % à prévenir les infections des voies respiratoires inférieures.
Le Québec n’a pas encore déterminé si le vaccin sera remboursé. « L’INESSS [Institut national d’excellence en santé et en services sociaux], après validation des documents soumis par le fabricant, procédera à son évaluation à des fins de couverture publique», a indiqué un porte-parole.
Si le fabricant utilise le terme «vaccin», Santé Canada préfère parler d’un «agent d’immunisation passive». Il a donc été évalué «comme un nouveau médicament», a précisé l’INESSS.
C’est qu’il est à base d’anticorps monoclonaux. Cela signifie que, pour le créer, on a identifié un anticorps en particulier, capable d’intercepter le virus. On l’a ensuite produit en masse pour l’intégrer à un produit injectable. Dans ce cas-ci, l’anticorps empêche le virus d’entrer dans les cellules.
Un autre médicament préventif de même nature, le palivizumab, est déjà disponible pour les bébés prématurés ou particulièrement à risque (atteints de atteints de fibrose kystique, par exemple) au Québec, mais il implique l’administration de 4 à 5 doses par saison et coûte très cher. S’il est sans risque, son efficacité reste à préciser, comme indique un rapport du Comité consultatif national de l’immunisation de 2022. « Son efficacité potentielle dans les premières études était de 38 à 78 % pour différents groupes de patients; les études ultérieures, principalement d’observation, ont montré une grande variation de l’effet, certaines études ne montrant aucun bienfait. »
Chez les 60 ans et plus
Un véritable vaccin, Arexvy, a été approuvé en mai pour les 60 ans et plus aux États-Unis. Pour rappel: environ un aîné admis à l’hôpital en raison du VRS sur dix en meurt.
Produit par la compagnie pharmaceutique GlaxoSmithKline, il réduit de 82,6% le risque d’infection des voies respiratoires inférieures, selon un essai mené sur près de 25 000 personnes, incluant des Canadiens et Canadiennes. C’est un vaccin de type « recombinant ». Cela signifie que l’on fabrique en laboratoire les « morceaux » du virus qui constituent la base du vaccin. Après l’administration du vaccin, le système immunitaire apprend à reconnaître le virus à partir de ces éléments incomplets.
Ce vaccin est utilisé avec un adjuvant, une substance qui vient renforcer la réaction immunitaire. C’est donc une toute autre technique que les vaccins ARN qu’on a connu ces dernières années pour lutter contre la COVID-19.
GlaxoSmithKline avait aussi soumis le produit à Santé Canada, qui devrait bientôt indiquer s’il est approuvé de ce côté de la frontière. Un essai clinique pour les 50 à 59 ans est en cours de recrutement pour ce même vaccin.
Lourd passé
La recherche sur le sujet a longtemps été freinée par un épisode sombre. Dans les années 1960, un essai clinique portant sur un vaccin contre le VRS pour les tout-petits avait eu des résultats catastrophiques: les enfants immunisés étaient en fait plus à risque de complications.
Quelque 80% des enfants participant à l’essai clinique ont été hospitalisés lorsqu’ils ont contracté le VRS et deux en sont morts.
Il s’agissait d’un vaccin inactivé (un type de vaccin peu utilisé aujourd’hui) qui ne déclenchait pas une réponse immunitaire assez puissante pour neutraliser le virus. En effet, des travaux de 2008 menés sur les poumons de victimes de l’époque et des modèles animaux ont montré que le vaccin générait des anticorps qui n’offraient pas de protection réelle.