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22 février 2024
Temps de lecture : 2 minutes

La pilule miracle

La Dre Alexandra S. Arbour nous rappelle que le médicament parfait, sans effets secondaires et efficace tout de suite, n’existe pas.

Robert file un mauvais coton. Depuis quelques mois, il se réveille à 5 heures du matin, incapable de se rendormir. Il manque d’appétit, de concentration. Il est démotivé au travail, et il s’est désisté d’un tournoi de curling, alors que c’était sa passion. Il s’est surpris à pleurer au volant, pendant qu’il était coincé dans un bouchon.

Tous ces symptômes sont évocateurs d’une dépression. Sur les conseils insistants de ses proches, il consulte son médecin. Ce dernier lui prescrira un antidépresseur. Après deux semaines de traitement, pouf ! Il est guéri et son sourire revient !

Ha ! je vous ai bien eus !

Hélas, ce n’est pas ce qui s’est passé avec Robert. Après avoir essayé un premier antidépresseur à demi-dose pendant deux semaines, il a constaté des étourdissements et des nausées. À pleine dose, il s’est mis à avoir des diarrhées et des vomissements. Il tente alors une seconde molécule, d’une autre classe pharmacologique. En 48 heures, il est couvert de plaques rouges. Misère !

Le revoilà chez son médecin, dépité : « Est-ce qu’on va pouvoir enfin la trouver, la pilule miracle ? » Je ne veux pas décourager Robert, mais un médicament sans effets indésirables, ça n’existe tout simplement pas. Et ce n’est pas faute de l’avoir cherché. Le savant allemand Paul Ehrlich a décrit, au début des années 1900, le médicament idéal : il agit avec précision sur la zone atteinte, sans pour autant léser les tissus sains.

Certes, la science a fait du progrès depuis, mais les effets indésirables, qu’on regroupe en trois catégories, existent toujours. Il y a ceux qui sont prévisibles et dépendants de la dose, comme les symptômes gastro-intestinaux ressentis par Robert. Il y a aussi les réactions allergiques : après une première exposition, le corps fabrique des anticorps contre le médicament, provoquant des difficultés respiratoires ou encore de l’urticaire – les plaques rouges observées par Robert. Finalement, il y a les effets dits idiosyncrasiques, très rares, imprévisibles et inexpliqués.

Au-delà des effets indésirables, il peut y avoir beaucoup d’essais-erreurs à faire pour trouver le meilleur traitement pour un cas donné. Robert, en fin de compte, aura dû essayer quatre antidépresseurs avant de tomber sur celui qui allait lui rendre la bonne humeur.

Que faire ? D’abord, garder patience. Un médicament met toujours un certain temps avant d’agir, et les effets indésirables sont en général transitoires. Sachez toutefois que votre médecin a l’obligation de vous informer de ces effets prévisibles avant d’amorcer un traitement. Il m’apparaît aussi pertinent de rappeler que votre médecin a une obligation de moyen et non de résultat ; la prescription d’un médicament qui n’atteint pas son but n’est pas une erreur médicale.

Le pharmacien ou la pharmacienne du quartier est par ailleurs d’une aide inestimable. En revanche, les recher­ches en ligne, sur des forums de discussion ou des pages non officielles, sont à proscrire.

Enfin, observez-vous au quotidien pendant toute la durée du traitement. Un médicament très bien toléré peut devenir délétère du jour au lendemain, par exemple si vous souffrez d’une insuffisance rénale ou si vous avez commencé à prendre un produit naturel que vous pensiez inoffensif.

Gardez en tête que plus on prend de médicaments, plus il y a de risques d’effets indésirables. N’hésitez donc pas à discuter de réduction des traitements avec votre professionnel de la santé. Et si je peux me permettre, évitez à tout prix de « quêter » des médicaments. Je sais que vous avez lu que l’Ozempic est merveilleux pour la perte de poids ; qu’un somnifère vous aiderait tellement à mieux dormir…

Mais le médicament qui se rapproche le plus de la pilule miracle est probablement celui que l’on ne prend pas !

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