Notre chroniqueuse santé tire sa révérence et revient sur ses cinq années à Québec Science.
Il y a 5 ans, la « jeune » résidente en médecine que j’étais s’attablait dans un café avec nervosité. Je devais y rencontrer Marie Lambert-Chan, alors rédactrice en chef du respecté magazine Québec Science. Marie m’impressionnait beaucoup : c’était aussi la rédactrice en chef de mon journal étudiant, Montréal Campus, quand j’étais au baccalauréat en journalisme à l’UQAM au début des années 2000.
Elle voulait me proposer de (re)prendre la plume et d’être à la barre d’une chronique médicale. J’ai hésité avant d’accepter. Je me demandais en toute humilité qui voudrait bien lire mes réflexions sur la médecine – moi qui n’avais ni expérience ni notoriété. Trente-cinq Carnets de santé plus tard, force est de constater que vous avez été au rendez-vous !
Vous avez alimenté ma réflexion sur la relation médecin-patient, et ce, depuis la toute première chronique où j’affirmais haut et fort que le patient ou la patiente a toujours raison. Je vous exhortais à utiliser votre vécu pour aider votre médecin à mieux vous soigner. J’ai aussi tenté d’explorer les phénomènes qui peuvent affecter la relation thérapeutique : notamment le fait de mentir à son médecin (jamais une bonne idée !) et le refus de traitement (pourtant un droit fondamental !).
Vous avez été touchés par mes récits, grappillés dans mon quotidien à l’hôpital. Notamment celui de cette femme âgée qui constituait un mystère diagnostique jusqu’à ce que l’on découvre que sa maladie était la solitude et que le seul médicament qui fonctionnait chez elle était la chaleur humaine. Je me souviendrai de vos réactions à mes écrits sur la réanimation cardiorespiratoire, le don d’organe, l’aide médicale à mourir. Des sujets profonds, suscitant la réflexion sur votre propre fin de vie ou celle des gens que vous aimez. La mort est bel et bien une partie inexorable de la vie.
Vous avez réagi à ces chroniques sur les petits problèmes du quotidien qui ont trop souvent un grand effet dans vos vies : insomnie, dépression et troubles de l’humeur, incontinence urinaire, déclin cognitif. J’espère que vous retiendrez que ces affections
fréquentes sont souvent mieux soignées grâce à une prise en charge globale, dont la pierre angulaire est non pharmacologique. Il n’y en aura pas de facile !
À ce sujet, vous avez été nombreux et nombreuses à apprécier mes écrits sur les médicaments en tout genre. L’un d’entre vous m’a d’ailleurs écrit une lettre, s’inquiétant que je sois radiée du Collège des médecins, ayant été critique plus d’une fois à l’égard de Big Pharma. Rassurez-vous, je suis toujours bien en règle et je continuerai toute ma carrière à lutter contre la polypharmacie. Vous devriez vous aussi vous préoccuper des effets de chaque pilule que vous ingurgitez et toujours demander à votre médecin si elle est bel et bien nécessaire.
Vous avez été témoins de mes premiers pas comme professionnelle de la santé dans un système parfois dysfonctionnel, parfois exceptionnel. Un système secoué par une pandémie, qui a menacé de s’écrouler mille fois et qui, pourtant, tient toujours debout grâce à tout ce personnel qui le porte à bout de bras et qui tente de faire une différence tous les jours. La pénurie de la main-d’œuvre, accélérée par l’exode des soignants vers le privé, me fait bien plus peur que les compressions budgétaires et autres réformes en tout genre.
C’est donc ainsi que je conclus mon dernier Carnet de santé. Cinq ans plus tard, je réalise pleinement le privilège qui m’a été offert, mais je souhaite faire une pause pour faciliter mon équilibre travail-famille. Merci de m’avoir lue et surtout de m’avoir fait cheminer comme médecin et comme scientifique.