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04 février 2025
Temps de lecture : 2 minutes

Les stations se mobilisent pour préserver le ski alpin

Pistes de ski au Mont-Tremblant. Photo: Acarpentier / Wikimedia Commons

Glisser sur des pentes enneigées sera-t-il encore possible en 2070? Les stations de ski reconnaissent le défi et, à l’aide de spécialistes, organisent leur adaptation.

On le constate chaque hiver : les aléas climatiques font la vie dure à la neige. Les sports de glisse en pâtissent, et l’Association des stations de ski du Québec (ASSQ) veut se préparer pour l’avenir. Elle a donc fait appel aux scientifiques du consortium Ouranos, l’organisme québécois spécialisé en climatologie et en adaptation aux changements climatiques, pour évaluer la vulnérabilité des stations de ski du Québec et les rendre plus résilientes.

« C’est une bonne nouvelle que les stations de ski s’engagent dans l’adaptation et reconnaissent qu’il y a un problème, affirme Clara Champalle, spécialiste en adaptation et gestion de risques climatiques chez Ouranos. Certes, elles ont déjà des solutions avec les canons à neige et la diversification de leur offre, mais il y a d’autres avenues. » Entre autres : du personnel qualifié à l’interne pour anticiper la météo, la plantation de haies coupe-vent et l’amélioration des techniques d’entretien des pistes et des équipements.

Grâce à la participation de 30 stations et de chercheurs et chercheuses universitaires en tourisme et en économie, l’étude d’Ouranos a généré un plan de résilience sectoriel présentant des mesures d’adaptation face aux principales vulnérabilités des stations. Chacune des 70 stations membres de l’ASSQ procédera maintenant à son propre diagnostic pour élaborer son plan d’adaptation particulier.

Des hivers doux

L’anticipation est essentielle, puisque les scientifiques prévoient que plusieurs aléas climatiques toucheront les 16 régions du Québec où se trouvent les stations à l’étude. Par rapport à la période de référence de 1991 à 2020, l’étude présente les données selon deux scénarios d’émissions de gaz à effet de serre (modérées et élevées). Pour l’horizon le plus lointain, soit 2041-2070, on projette une augmentation des températures moyennes allant jusqu’à 3,1 °C de novembre à mars… En Montérégie, par exemple, cela signifie que la température hivernale moyenne ne sera que de -1,7 °C.

De plus, il faudra faire face à d’autres ennemis du ski: pluies hivernales supérieures de 48 mm et quasiment le double de jours sans couvert de neige naturelle au sol (18 au lieu de 10). La fréquence d’épisodes de gel-dégel, qui surviennent déjà hebdomadairement à plusieurs endroits, augmentera. Concrètement, un gel-dégel combiné avec du verglas produit « un cocktail parfait pour donner un mal de tête à nos opérateurs, rapportait Gabrielle Larose, directrice Connaissances stratégiques et développement durable de l’ASSQ, lors du Symposium Ouranos 2025, qui s’est tenu en janvier à Montréal. Dans de telles conditions, on doit damer l’ensemble du domaine skiable pour retrouver des conditions de glisse qui sont agréables et sécuritaires pour la clientèle. Potentiellement, on doit aussi déglacer des remontées mécaniques. »

Toujours plus d’investissements

Ce n’est qu’un exemple des efforts d’adaptation qui pourraient se traduire à l’horizon 2041-2070 par un besoin supplémentaire de 40% de main d’œuvre pour les stations du Québec, selon l’analyse économique réalisée pour cette étude. Pour maintenir leurs activités au niveau actuel, certaines stations pourraient devoir augmenter jusqu’à 72% leurs investissements d’ici 2041-2070. D’où l’idée de partager l’expertise ou l’équipement entre stations d’une région, par exemple, ou de revoir le modèle d’affaires.

Est-ce que ça en vaut la peine? « Considérant la hausse constante du prix des billets de ski au-delà de l’inflation depuis le milieu des années 2000 au Québec, autant pour les billets journaliers que pour les abonnements annuels, les défis de financement pour maintenir les activités des stations pourraient s’accroître », peut-on lire dans le rapport.

L’industrie du ski compte pour 6,4 % du PIB touristique au Québec et a créé 866 millions de dollars en retombées économiques en 2019 selon une étude commandée par l’ASSQ. Certaines stations de destination font figure d’attrait touristique majeur et de moteur économique. Mais il ne faut pas oublier que d’autres stations participent au tissu communautaire, par exemple celles gérées par des municipalités ou des organismes sans but lucratif. Le chalet de ski y représente le lieu des soirées animées par le groupe de musique local ou pour le club de tricot.

Cette démarche collaborative d’adaptation multidisciplinaire pourrait inspirer d’autres secteurs. Nathalie Dandoy, directrice du développement durable et de l’entretien site et bâtiments de la Station Mont Tremblant, qui a participé à la démarche, estime que « cela fait du bien de se sentir épaulée » devant l’avalanche de défis climatiques. Une collaboration qui sème l’espoir pour notre hivernité.

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