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25 novembre 2021
Temps de lecture : 3 minutes

Lettre à mon fils

Image: Shutterstock

En matière d’environnement, il est de mon devoir de parent de te donner l’heure la plus juste qui soit et d’éviter les serments irréalistes.

Comme l’année tire à sa fin, permets-moi d’y aller d’un bilan et de partager quelques réflexions avec toi, fiston, sur le thème des promesses. L’année 2021 s’était justement amorcée sous la forme d’une promesse : celle de jours meilleurs avec l’arrivée de vaccins contre le SRAS-CoV-2. Or, elle s’achève par une quatrième vague de pandémie et des cris d’alarme de plus en plus assourdissants quant à l’intégrité de notre biosphère. Pendant ce temps, nos politiciens ont aligné des engagements plutôt insuffisants au cours de la dernière campagne électorale…

Bien que je ne fasse pas partie de l’école des collapsologues, je dois admettre qu’il m’arrive parfois de ressentir un sentiment de défaitisme face à ces promesses environnementales qu’on échoue à tenir. Je ne te dis pas ça par désespoir, mais plutôt parce que je considère qu’il s’agit de mon devoir de parent de te donner l’heure la plus juste qui soit et d’éviter les serments irréalistes.

Tu m’entends régulièrement parler d’environnement à la maison, même si, à ton grand dam, mes propos prennent souvent l’allure de « sermons ». Tu m’entends répéter que la communauté scientifique nous avertit depuis des lustres que nous altérons le climat de la planète et qu’il faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES) de manière soutenue. Mais dis-toi qu’à ma naissance on comptait 56 jours où la température maximale diurne dépassait 25 °C à Montréal. Lorsque tu es né, en 2011, nous en étions à 70. Et quand tu auras mon âge, en 2055, ce nombre se situera entre 90 et 100 jours, selon les différents scénarios climatiques. Afin d’éviter d’hypothéquer ton avenir, il nous faudrait laisser 84 % des réserves de pétrole canadien dans le sol, soutient une étude (une autre !) publiée en septembre dans la revue Nature.

Je sais, je t’assomme avec mes chiffres… Ne m’en veux pas trop, c’est plus fort que moi. D’ailleurs, j’en ai un dernier pour toi (ne lève pas les yeux au ciel !). Un sondage réalisé récemment pour l’Université d’Ottawa révèle que près de 64 % des Canadiens croient qu’il n’y a pas meilleur moment que maintenant pour être ambitieux dans nos efforts climatiques. En revanche, la confiance des répondants en la capacité de notre pays à réduire les émissions de GES est minée par les intérêts et le lobbying des grandes entreprises, comme l’industrie pétrolière. Ils sont aussi désenchantés devant l’inaction et les « promesses vides » du gouvernement ! Cela me rappelle un éditorial qu’ont fait paraître en commun il y a quelques mois les éditeurs des plus grandes revues médicales : malgré certaines actions climatiques, les beaux discours de nos dirigeants ne suffisent plus, y affirmaient-ils.

Tu vois, c’est malheureusement le propre d’une partie de ma génération et de celle qui nous a précédés : nous nous sommes empêtrés dans un bourbier énergétique dont il est extrêmement difficile de sortir. C’est un peu l’équivalent de te demander d’arrêter subitement de jouer à un jeu vidéo dont tu es friand et dans lequel tu es immergé : c’est une transition difficile qui cause bien des émois. Il en va de même pour notre dépendance aux énergies fossiles. Malgré nos efforts et notre bonne volonté pour effectuer la transition énergétique et écologique nécessaire, nous sommes accros à ces combustibles dont dépend notre train de vie. Si bien que nous préférons nous en tenir à des engagements superficiels afin de jouer à ce jeu dangereux un peu plus longtemps.

Pourrons-nous nous sevrer de cette mauvaise habitude ? J’ose encore espérer que oui, même si je demeure incertain quant à notre capacité à le faire assez rapidement. Cependant, il est encourageant de voir que le discours appelant au changement est désormais porté par des organisations traditionnellement conservatrices, telles que l’Agence internationale de l’énergie. N’oublie pas non plus qu’avant la pandémie nous étions soulevés par une vague de fond pour l’action climatique, un mouvement insufflé par ta génération qui, depuis, ne s’est pas complètement estompé.

Au débat des chefs du 8 septembre dernier, Charles Leduc, 11 ans, a eu le courage de demander à nos leaders politiques comment ils comptaient mettre fin à notre dépendance pétrolière. Malheureusement, les réponses fournies étaient plutôt technocratiques, accompagnées de promesses à géométrie variable. Pourtant, Charles méritait une réponse venant du cœur et sans détour, car agir de manière décisive en matière climatique est un véritable geste d’amour, pour reprendre les mots de Catherine Abreu, directrice du Réseau Action Climat. Je dirais même que c’est l’un des gestes les plus altruistes qui soient, puisqu’il est fondé sur l’obligation morale de penser aux générations futures afin qu’elles puissent s’épanouir un tant soit peu.

Voilà donc la promesse qui m’anime, fiston : celle de toujours poursuivre mes efforts afin de faire œuvre utile quant aux enjeux environnementaux et climatiques. Et si je suis si confiant en ma capacité à l’honorer, c’est que cette promesse repose sur l’amour inconditionnel que je te porte.

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leur auteur.

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