Image: Robert Cheaib/Pixabay
Nous sommes constamment interrompus par un flot incessant de notifications, d’appels et de courriels. Au détriment de notre capacité de concentration.
Je me pose devant mon ordinateur afin d’écrire ma 24e chronique pour Québec Science, ayant réussi à libérer quelques heures qui seront, je l’espère bien, productives.
Bip ! fait mon téléphone. Je regarde le message d’une amie qui m’envoie une photo rigolote. Ah oui, je pourrais en profiter pour faire mon épicerie en ligne, il n’y a plus de lait. Hop, un petit tour sur Instagram pour me donner une erre d’aller…
Une heure plus tard, je me lève et vais me chercher un café, histoire de trouver l’inspiration. Je reviens devant l’écran et regarde la page blanche, découragée de n’avoir écrit aucune ligne. Au secours ! Où est donc passée ma concentration ?
Ironiquement, j’ai obtenu la réponse à cette question sur mon fil d’actualité Facebook. Un ami y suggérait un article du Guardian portant sur le livre Stolen Focus: Why You Can’t Pay Attention, de Johann Hari, paru en février 2022. Selon ce journaliste britannique, les médias sociaux et la vie moderne ont complètement oblitéré notre capacité de concentration.
Textos et examens
Pas surprenant étant donné que notre faculté cognitive se limiterait à une ou deux pensées à la fois – pas plus ! Une expérience réalisée auprès de 136 étudiants d’université le confirme : tous devaient faire le même examen écrit, mais la moitié d’entre eux avaient leur téléphone sur la table, recevant des messages textes par intermittence. Les étudiants qui ont reçu des textos pendant l’épreuve ont moins bien réussi d’environ 20 % par rapport à leurs collègues.
Force est de constater que nous fonctionnons tous, d’une façon ou d’une autre, amputés de ces 20 %… Nous sommes constamment interrompus par un flot incessant de notifications, d’appels et de courriels. Sans compter notre attirance pour les réseaux sociaux, qui ont trouvé la recette miracle pour nous happer : attrait de la nouveauté + validation des pairs = activation des circuits de la récompense et libération de dopamine − l’hormone du plaisir − à volonté.
Même si elle ne constitue pas encore un diagnostic officiel dans les manuels de psychiatrie, la cyberdépendance a des répercussions néfastes sur la santé, notamment chez les adolescents, en occasionnant des troubles de l’humeur, des difficultés de sommeil et… je vous le donne en mille, une perturbation de l’attention.
Alors que peut-on faire pour retrouver sa productivité d’antan ? On peut commencer par limiter les notifications sur son téléphone intelligent.
Ensuite, on peut tenter de diminuer son temps d’écran ne serait-ce que d’une seule heure par jour, ce qui serait suffisant, selon une récente étude allemande, pour augmenter la sensation de bien-être.
Certains vont jusqu’à recommander un « jeûne technologique intermittent », en tentant de circonscrire son exposition à la technologie à quelques heures par jour ou de s’en abstenir complètement pendant plusieurs semaines, afin de restaurer son équilibre de dopamine cérébrale.
Rappelons qu’il peut être ardu, voire impossible, de se contenir ainsi pour quelqu’un souffrant d’un déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, un trouble qui touche 1 adulte sur 20 et dont la prévalence a plus que doublé dans la dernière décennie.
Contrepoids systémique
Mais l’abstinence individuelle n’est qu’une partie de la solution, pense James Williams, un ancien publicitaire de Google devenu philosophe. Fermer son téléphone, c’est l’équivalent de mettre un masque à gaz pour lutter contre la pollution atmosphérique ou encore de manger un bâtonnet de céleri pour lutter contre l’obésité…
Il faut donc offrir un contrepoids systémique aux réseaux sociaux et autres entreprises technologiques, dont le modèle d’affaires est basé sur la dépendance des usagers. Nous pourrions, comme société, utiliser le peu d’attention collective qu’il nous reste afin de notifier notre mécontentement à nos élus ! Bip-bip !