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19 novembre 2020
Temps de lecture : 2 minutes

La douleur chronique, un combat perpétuel

Image: Carolina Heza/Unsplash

Les médecins voient de plus en plus la douleur comme une maladie en soi, mais la bataille est loin d’être gagnée pour les patients qui souffrent au quotidien.

J’ai rencontré Sylvie il y a quelques années, à l’occasion d’un stage dans un grand hôpital montréalais. Motivée comme pas une, j’avais le regard pétillant en entrant dans le bureau pour faire l’examen médical de cette dame d’une cinquantaine d’années souffrant d’arthrose et de fibromyalgie. « Ça doit vraiment être déprimant pour vous de voir des patients à longueur de journée et de ne jamais réussir à soulager leurs douleurs », me lance-t-elle d’emblée. Et vlan, dans les dents !

Après ce K.-O. de quelques secondes, j’ai poursuivi notre rencontre le plus professionnellement possible. J’ai fait preuve d’empathie et accueilli l’histoire de Sylvie dans la mesure de mes moyens. J’ai ensuite procédé à son examen physique avec une grande délicatesse. Mais une fois chez moi, à la fin de la journée, le sentiment du devoir accompli faisait défaut… La remarque de cette patiente tournait en boucle dans ma tête.

Cette histoire illustre à quel point les personnes qui souffrent de douleurs chroniques comme Sylvie sont au bout du rouleau. Elles n’en peuvent plus d’avoir mal, physiquement et psychologiquement. Elles sont incommodées par les effets indésirables des médicaments qui, pour la plupart, ne les soulagent que partiellement. Je réalise aussi, à postériori, qu’elles sont épuisées d’évoluer dans un système de santé qui ne les comprend pas.

Car les médecins se méfient − parfois à tort, parfois à raison − de ce qu’ils ne peuvent s’expliquer complètement. Gardons l’exemple de la fibromyalgie, une maladie qui cause de la douleur généralisée, des troubles du sommeil et de l’humeur, sans signe d’inflammation ni de dommage tissulaire localisable. De deux à huit pour cent de la population en seraient atteints… Pourtant, pendant ma formation, j’en ai bien peu entendu parler, sinon pour débattre du caractère véritable ou non de la maladie.

La littérature scientifique sur le sujet a heureusement foisonné dans les dernières années. Elle confirme que la fibromyalgie et certaines affections apparentées sont loin d’être des maladies imaginaires. Il s’agirait plutôt d’un dysfonctionnement du système nerveux central qui amplifie les signaux de douleur perçus par le corps sans raison. Ainsi, un stimulus doux comme une caresse est ressenti tel un coup de poignard. Les sociétés savantes autour du globe se sont aussi mises de la partie pour tenter d’établir des critères diagnostiques et des recommandations de traitement basées sur les preuves.

Pour les patients, la bataille est loin d’être gagnée. La pandémie de COVID-19 constitue un obstacle supplémentaire à l’accès aux soins. Les personnes qui en souffrent sont souvent déçues de la médecine moderne, car ses traitements pharmacologiques ou chirurgicaux échouent à leur redonner une qualité de vie. Elles se tournent alors vers les médecines douces, qui ont compris depuis longtemps qu’une maladie multifactorielle répond mieux à une prise en charge globale.

La bonne nouvelle, c’est que les médecins voient de plus en plus la douleur comme une maladie en soi ; elle s’immisce dans toutes les sphères de la vie, la nuit, le jour, au repos comme en mouvement. Elle mine le moral, le sommeil, les fonctions cognitives, la vie professionnelle et les relations familiales. La solution est d’attaquer ce mal sur tous les fronts, en combinant médication, exercice, psychothérapie et approches parallèles comme l’acupuncture ou le taï-chi. L’Association québécoise de la douleur chronique milite d’ailleurs pour un meilleur accès à des cliniques spécialisées multidisciplinaires, car on sait que leur approche fonctionne.

Les patients comme Sylvie en ont plein les bras avec leur douleur chronique. Je leur souhaite de tout cœur que leur parcours dans le système de santé cesse d’être un combat.

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