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Vous souvenez-vous du dilemme que je vous soumettais dans cette même chronique en septembre dernier ? Il se posait ainsi : que souhaiteriez-vous si l’on vous hospitalisait pour un problème X alors que vous êtes malade et à un âge avancé et que votre cœur s’arrêtait ?
Pour alimenter votre réflexion, je vous avais décrit ce qui se passe lors d’une réanimation cardiorespiratoire (RCR). Je concluais en évoquant que je serais moi-même plutôt réticente à ce qu’on déclenche une telle procédure si les chances de m’en sortir sans séquelles étaient faibles.
Vous avez été si nombreux et nombreuses à me transmettre vos commentaires que j’ai eu envie de faire une suite… Mon collègue spécialiste des soins intensifs, le Dr Marc Brosseau, ne pouvait tomber mieux quand il m’a accostée dans le corridor de notre hôpital : « Faut que je te parle de ta chronique sur la belle mort ! » S’en est suivie une discussion fort intéressante qui m’a fait voir quelques nuances.
Penser aux autres
Il faut savoir que mon confrère est aussi médecin coordonnateur chez Transplant Québec, un organisme qui chapeaute le processus du don d’organe dans la province depuis 50 ans.
Le Dr Brosseau est en partie d’accord avec moi : quand on est très âgé ou qu’on est atteint d’une maladie grave comme un cancer métastatique, le concept de « futilité des soins » s’applique. La RCR risque alors de n’apporter aucun avantage, mais au contraire, dans certains cas, de causer des souffrances indues. Offrir un lit de soins intensifs à quelqu’un qu’on sait condamné est aussi une utilisation discutable des ressources précieuses et limitées de notre système de santé.
Mais attention ! Selon le Dr Brosseau, il ne faudrait pas décourager les patients dont la santé est relativement bonne de faire le pari de la RCR ou des soins intensifs, surtout s’ils sont favorables au don d’organe.
L’Association canadienne des médecins d’urgence et la Société canadienne de soins intensifs se sont d’ailleurs prononcées sur le sujet en 2020. Une personne qui subit un dommage neurologique majeur après une réanimation cardiaque ou un accident vasculaire cérébral massif et dont le décès est très probable pourrait tout de même bénéficier d’une période d’observation à l’unité de soins intensifs d’au moins 72 heures.
Pourquoi ? Parce que, parfois, la réanimation fonctionne et certains patients peuvent rentrer chez eux sans ou avec peu de séquelles. En effet, des soins optimaux peuvent, à l’occasion, permettre au malade de s’en sortir, alors qu’on croyait l’issue fatale.
Et dans le cas contraire, le don d’organe et de tissus (cornées, os, tendons…) pourra être envisagé en respectant les volontés du patient.
Qui peut donner ses organes?
Au Québec, le don survient souvent après un « décès neurologique » ou mort du cerveau : le patient n’a plus de réflexes ni la capacité de respirer par lui-même. La mort neurologique est légalement et médicalement reconnue comme le moment du décès. Plus rarement, une personne peut aussi faire un don après un « décès cardiocirculatoire » : cet état ne répond pas aux critères stricts de mort cérébrale, mais le patient est devenu dépendant de médicaments ou d’un respirateur pour vivre.
Il est également possible de donner ses organes après avoir reçu l’aide médicale à mourir. Et dans certains cas exceptionnels, on peut donner un organe de son vivant (un rein ou une partie de son foie par exemple).
Quelques chiffres en vrac… En 2021, au Québec, 144 dons de personnes décédées entre 50 et 70 ans ont permis de transplanter 505 organes. Un donneur d’organe peut sauver jusqu’à huit vies ; un don de tissus peut aider 20 individus. Quand on sait qu’à peine un pour cent des personnes qui décèdent annuellement dans les hôpitaux répondent aux critères médicaux et légaux pour le don d’organe, il faut saisir toutes les occasions.
Reprenons la mise en situation du début, mais cette fois, vous êtes un peu plus jeune et moins malade. Vous allez à l’hôpital pour un problème X. Le médecin vous demande si vous voulez qu’on vous réanime si vous faites un arrêt cardiaque. Moi, j’ai changé ma réponse et signé l’autocollant signalant mon consentement pour le don d’organe sur ma carte d’assurance maladie. Et vous ?