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De la simple aversion jusqu’à la crise de panique, la peur des aiguilles n’a rien d’anodin : jusqu’à 1 individu sur 10 en souffrirait.
Éléonore, neuf ans, se rend à l’hôpital avec son papa pour un rendez-vous en endocrinologie pédiatrique. Son médecin de famille suspecte une hypothyroïdie – elle est fatiguée, a pris du poids, perd ses cheveux et souffre de constipation. Ce jour-là, c’est moi qui suis chargée de l’évaluer dans le cadre d’un stage. Après un questionnaire médical exhaustif, je conclus qu’il nous faudra faire une petite prise de sang pour confirmer le diagnostic et prescrire le bon dosage de médicament. Et hop ! Au suivant !
Mais Éléonore ne se lève pas de sa chaise pour sortir du bureau. Ses yeux s’emplissent d’eau, sa lèvre inférieure tremblote. Elle fond en larmes, puis se met à hurler : « J’ai peur des aiguilles ! » Je regarde son père, éberluée. Nous levons les yeux au ciel dans un petit moment de complicité tacite. Franchement, me dis-je, une prise de sang, ce n’est pas la fin du monde !
Malheureusement, pour certaines personnes, ce l’est… Et la peur des aiguilles – aussi connue sous le nom de bélonéphobie – ne touche pas que les enfants. Jusqu’à 1 individu sur 10 en souffrirait, à des degrés variables.
Si, pour la plupart, elle se manifeste par une simple aversion des piqûres, pour d’autres, elle cause anxiété, crise de panique, voire une perte de conscience avec convulsions. À la vue d’une aiguille, la tension artérielle et la fréquence cardiaque d’une partie des bélonéphobes augmentent de manière fulgurante.
Pour compenser, le corps déclenche un réflexe du système nerveux central pour que l’organisme revienne à la normale. Parfois, ce réflexe, qu’on appelle vasovagal (parce qu’il est médié par le nerf vague), est si fort qu’il peut avoir pour effet de faire tomber le patient ou la patiente « dans les pommes ».
Certes, cette constellation de symptômes n’est pas agréable. Ce n’est pourtant pas le plus grave problème : des personnes vont carrément s’empêcher de consulter médecins et dentistes à cause de leur peur des aiguilles. Dans le cas d’Éléonore, le soin en question n’était qu’une prise de sang ponctuelle. Mais comment aurait-elle réagi si elle avait été déclarée diabétique ce jour-là et que je l’avais informée de la nécessité de surveiller sa glycémie et de s’injecter de l’insuline plusieurs fois par jour ? Et si, dans quelques années, elle avait besoin d’un traitement de chimiothérapie pour soigner un cancer ? D’un traitement de canal à faire chez le dentiste ? Ou encore, s’il y avait une pandémie et qu’un programme de vaccination massif était mis en branle ?
C’est pourquoi il faut s’attaquer à la peur des aiguilles dès son apparition. De nombreux petits gestes, qui marchent autant avec les bambins qu’avec les adultes, peuvent aider.
D’abord, il faut déterminer ce qui alimente la peur. Est-ce le fait de ne pas avoir le plein contrôle de la situation ? Si oui, on donne des choix : « Veux-tu que je t’explique ou préfères-tu ne pas savoir ? », « Veux-tu que je reste avec toi ou es-tu mieux seul ? », etc. Si c’est plutôt la peur de la douleur, il est possible de réduire au maximum le calibre de l’aiguille, d’appliquer une crème anesthésiante sur la peau ou même de geler la zone de prélèvement avec un glaçon avant la ponction ou le vaccin.
Si rien de tout cela ne fonctionne, une approche d’exposition progressive et de désensibilisation peut être menée par un ou une proche ou des spécialistes en santé mentale. Des techniques de relaxation et de respiration profonde peuvent être enseignées. Dans certains cas, c’est l’hypnose qui pourra régler le problème. D’autres initiatives intéressantes ont été mises au point pendant la pandémie, comme celle du Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto, qui a offert des cliniques de vaccination contre la COVID-19 adaptées aux bélonéphobes : lumières tamisées, mobilier confortable, salles privées, distractions offertes au moment de l’injection.
Dans tous les cas, il est conseillé d’en parler à votre professionnel de la santé pour éviter que la peur des aiguilles ne prenne trop d’ampleur. Éléonore a bien fait d’exprimer haut et fort son malaise. Nous avons ainsi pu l’aider à affronter sa peur à son rythme et, de fil en aiguille, elle a pu être soignée.