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12 mai 2022
Temps de lecture : 2 minutes

Pourquoi tant de patients ne suivent-ils pas les conseils du médecin?

Image: Shutterstock

Au moins 40 % des patients n’adhèrent pas aux traitements prescrits par leur médecin. À qui la faute?

En début de pratique, combien de fois ai-je prescrit un médicament ou un soin, enivrée par un sentiment du devoir accompli, convaincue de réellement régler le problème de mon patient ? Pour M. Gauthier, fini le diabète grâce à son hypoglycémiant oral ! Pour Mme Nguyen, un vaporisateur nasal et des inhalateurs pour l’asthme mettraient fin à sa toux chronique !

Si c’était si facile… Ce que je ne savais pas encore, c’est que M. Gauthier prendrait son médicament un jour sur deux et continuerait de boire des boissons sucrées en cachette. Et que Mme Nguyen n’irait même pas à la pharmacie chercher ses appareils, préférant avaler des pastilles et de la tisane aux herbes traditionnelles.

J’exagère à peine. Comme bien d’autres, je suis devenue médecin avec l’envie d’aider mon prochain. Un idéal qui s’est buté, dans la réalité, à la faible observance thérapeutique de certains patients. Et en toute honnêteté, constater qu’on ignore carrément mes conseils n’est pas la partie que je préfère dans mon travail.

40% des patients

Qu’est-ce donc que l’observance ? C’est le degré auquel un patient se conforme aux modalités associées au traitement prescrit par un professionnel de la santé. Cela concerne bien sûr les médicaments, mais aussi les exercices recommandés par le physiothérapeute et les changements d’habitudes de vie comme l’arrêt tabagique.

Au moins 40 % des patients n’adhèrent pas aux traitements prescrits par leur médecin. On estime également que jusqu’à 2 ordonnances sur 10 ne se rendent pas chez le pharmacien. Cette inobservance coûte très cher au système de santé québécois. Certains l’évaluent à 200 millions de dollars par année.

À qui la faute ? Évidemment, dans certains cas, c’est non intentionnel : on oublie de prendre un médicament ou l’on ne se rappelle pas comment le prendre exactement. Le manquement peut aussi être associé à une question socioéconomique, si le traitement prescrit n’est pas couvert par la Régie de l’assurance maladie du Québec ou par un assureur privé. Ou il peut simplement s’agir d’un problème de communication : le médecin n’est pas clair, le patient n’a pas la capacité de comprendre ou les deux en même temps.

Une partie de la solution se trouve donc entre les mains du médecin, qui doit s’assurer que son patient comprend sa maladie et qu’il accepte les moyens proposés pour la soigner. Des techniques empruntées au domaine du marketing peuvent également aider à améliorer la fidélité au traitement. Prendriez-vous davantage un médicament très bien toléré par 80 % des patients ou un qui provoque 20 % d’effets indésirables ? Vous aurez compris qu’on parle du même traitement, mais que tout réside dans la façon de présenter les chiffres !

Quête de sens

En outre, d’autres professionnels de la santé ont aussi leur rôle à jouer pour favoriser l’observance du traitement, par exemple le pharmacien, qui est la personne tout indiquée pour passer en revue les effets secondaires possibles des médicaments prescrits, donner des trucs pour les soulager et offrir des rappels.

Mais parfois l’enjeu est carrément métaphysique : la maladie − ou son traitement − est dénuée de sens pour le patient. Il faut alors accepter que son patient décline les solutions qu’on lui propose pour préserver malgré tout la relation thérapeutique. Au quotidien, je constate que les arguments rationnels sont parfois inutiles. La pandémie aura malheureusement aggravé la crise de confiance de la population à l’égard de la science. Et cela, c’est encore plus difficile à régler qu’un diabète ou une toux chronique !

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