Que cherchez-vous ?

Publicité
06 octobre 2022
Temps de lecture : 2 minutes

Sans médecin de famille, point de salut?

Image: Pixabay

Comment offrir à toute la population l’accès à un ou une médecin de famille? Quelques pistes de solutions de la Dre Alexandra S. Arbour.

Je rencontre Mme Sirois, 85 ans, en consultation externe, à la demande de son médecin de famille, qui suspecte des troubles cognitifs. Après avoir établi mon diagnostic, j’instaure un traitement et organise des services à domicile. Je me permets aussi de fournir quelques recommandations à son médecin de famille pour l’aider à prendre en charge cette patiente fragile.

Puisque je suis médecin spécialiste, je ne verrai Mme Sirois qu’à quelques reprises, pour m’assurer que le diagnostic est exact, que le traitement est bien toléré, que les services sont organisés. Ensuite, elle retournera aux bons soins de son médecin de famille, qui verra à traiter tous ses problèmes de santé. Car elle souffre aussi d’hypertension, de diabète, d’hypothyroïdie et d’un trouble anxieux de longue date.

Malheureusement, Mme Sirois me dira à son rendez-vous de suivi que son médecin de famille a fermé boutique. Pour ne pas qu’elle se sente abandonnée par le système de santé, je lui proposerai de la revoir un an plus tard, pour la « dépanner », en attendant que son CLSC fasse des miracles.

Des patients comme Mme Sirois, j’en vois des dizaines par semaine. Normal, plus d’un million de Québécois attendent toujours d’avoir un médecin de famille bien à eux. Ce qui est anormal, c’est que je doive « suivre » des patients qui n’ont pas besoin de mon expertise. Pendant que je represcris l’antihypertenseur de Mme Sirois, combien d’autres personnes sont en attente d’une évaluation pour des troubles cognitifs, des chutes ?

Plusieurs solutions ont été envisagées pour remédier au problème d’accès à la première ligne. Réforme après réforme, campagne électorale après campagne électorale, on nous fait croire que, cette fois-ci, on l’a enfin trouvée, la recette pour offrir à tous l’accès à un ou une médecin de famille ! Mais on revient toujours à la case départ. Et toutes ces tergiversations n’ont pas aidé à rendre ce choix de carrière attrayant.

Les esprits les plus pragmatiques croient qu’il s’agit d’un problème d’« offre ». Ils proposent donc d’ouvrir les vannes des facultés de médecine ou encore d’accepter sans réserve ceux et celles qui ont acquis leur formation médicale dans un autre pays.

À mon avis, c’est faire fausse route. Il n’est pas dit que le nombre d’étudiants qui choisiront la médecine familiale sera proportionnel au nombre d’admissions dans les universités. Je pense également qu’une personne qui a étudié à l’étranger a besoin d’encadrement et d’une mise à jour de ses connaissances, du moins dans les premières années de sa pratique ici, pour s’adapter aux particularités de notre système de santé (et je ne parle pas d’apprendre comment fonctionne un télécopieur…). De toute façon, avec 22 500 médecins actifs au Québec, dont 10 500 médecins de famille, la province dépasse l’Ontario et le Canada pour ce qui est du nombre de médecins par habitant.

Est-ce que ce ne serait pas plutôt un problème de « demande » ? Mme Sirois a en effet besoin d’un médecin de famille parce qu’elle est âgée et malade. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Une première ligne forte n’a pas à être composée uniquement de médecins. Un infirmier praticien ou une infirmière praticienne peut dépister des infections transmissibles sexuellement ou par le sang ; la physiothérapie est tout indiquée pour un mal à l’épaule survenu à la suite d’un déménagement ; la consultation en psychologie sera plus adaptée pour traiter un épuisement professionnel.

Loin de moi l’idée de dévaloriser le travail de mes collègues omnipraticiens ; au contraire, je leur lève mon stéthoscope ! Mais il faut voir au-delà de l’offre et de la demande et penser à diversifier la première ligne. Pour le salut de nos médecins de famille, il faut paradoxalement déconstruire cette idée que, en dehors de leur cabinet, point de salut.

Publicité