En 1895, le roi du chocolat Henri Menier s’est acheté une île en Amérique – quelque 8 000 km2 de terre vierge–, un beau cadeau pour occuper ses loisirs. L’industriel français a aussitôt entrepris de la transformer en un paradis de chasse. En 2 ans, il y a déménagé 220 cerfs de Virginie. Pour faire bonne mesure, il a aussi introduit des orignaux, des lièvres, des castors et des rats musqués.
En l’absence de prédateurs, la population d’Odocoileus virginianus a proliféré au point que le cervidé en question a complètement transformé la forêt d’Anticosti et, de fait, tout le milieu naturel de l’île.
Il y a aujourd’hui, pour environ 250 habitants, de 150 000 à 175 000 de ces ruminants, appelés «chevreuils» au Québec. Ils broutent intensément les plantes herbacées, les jeunes arbres, les arbustes et sont responsables, sur 100 ans, de la disparition de la moitié des sapinières. Ils ont aussi causé une importante perte de biodiversité en plantes, insectes et oiseaux. On le sait parce que la richesse initiale de ce milieu a bien été décrite tout au long du XXe siècle par des naturalistes qualifiés.
Les chevreuils seraient même responsables de la disparition récente de l’ours noir, qui ne trouve plus sur l’île assez de petits fruits pour se nourrir.