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17 février 2014
Temps de lecture : 2 minutes

«C’est l’agriculture qu’il faut restaurer!»

Richard Carignan, professeur au département des sciences biologiques de l’Université de Montréal, signait en mai 2004, dans Québec Science, un article qui sonnait l’alarme sur l’état de dégradation déjà très avancé du lac Saint-Pierre. Dix ans plus tard, nous avons demandé au spécialiste de la bio-physico-chimie des plans d’eau douce ce qu’il pensait de la situation actuelle. Entrevue.

Dix ans après la publication de votre article, que pensez-vous de cette «crise de la perchaude»?

C’est désolant de voir à quel point rien n’a changé. Il a fallu qu’une espèce commercialement importante soit sur le point de disparaître pour que les autorités se réveillent et se penchent sérieusement sur l’état du lac. À la base, le problème du recrutement de la perchaude provient de la pollution de l’eau. Les rivières qui se déversent dans le lac sont pleines de pesticides et d’engrais; les usines d’épuration de la région de Montréal déversent encore dans le fleuve en amont une eau trop sommairement traitée.

Y a-t-il encore une chance de réussir à restaurer le lac?

Restaurer le lac? C’est l’agriculture et nos usines d’épuration qu’il faut restaurer! Au Québec, l’agriculture non durable est la norme. Des milliers d’hectares de terres en monoculture sont drainées par de grands bassins versants qui convergent vers un seul lac qui, lui, subit le choc de plein fouet. On réserve encore de trop grandes parties des bassins versants à l’agriculture intensive. La mono- culture du maïs est l’une des plus polluantes. Il faudrait arrêter de cultiver juste du maïs et du soya, et tendre vers l’agroforesterie.
Il faut de larges bandes forestières riveraines de part et d’autre de tous les cours d’eau. Les arbres serviraient à capter les surplus de fertilisants et de pesticides des champs avant qu’ils n’atteignent l’eau. En ce moment, les quelques bandes riveraines qui existent ne font que quelques mètres de largeur alors qu’il faudrait des bandes de 150 m ou 200 m.

Les agriculteurs perdraient alors de vastes superficies. Comment les convaincre?

Ces bandes riveraines ne seront pas des terres perdues. Au con­traire, elles permettront la sylviculture et l’exploitation forestière.
En plantant des essences à croissance rapide et en gérant correctement ces boisés, les agriculteurs obtiendront un revenu d’appoint en commercialisant cette ressource ligneuse. En se diversifiant, ils en sortiront gagnants et le lac Saint-Pierre aussi.

Vous dénoncez également la présence du chenal de navigation au milieu du lac.

Ce chenal a complètement bouleversé la dynamique. L’eau relativement propre qui arrive des Grands Lacs passe à 80% dans ce mince chenal sans diluer les polluants. C’est radical, mais le chenal de navigation du lac Saint-Pierre et la voie maritime du Saint-Laurent devraient être abandonnés pour laisser place au transport par barges à faible tirant d’eau, comme cela se fait sur d’autres grands fleuves du monde. C’est une mauvaise idée de vouloir amener des transocéaniques jusqu’à Montréal et au lac Ontario; ils devraient s’arrêter à Québec ou Trois-Rivières.

Vous décriez cette situation depuis longtemps…

Le problème ne date pas d’hier, il a commencé il y a au moins 25 ans. Cette crise de la perchaude a permis d’ouvrir les yeux de tous, mais le problème est plus global. On se concentre sur le lac Saint-Pierre, mais cela concerne probablement le fleuve tout entier.

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