Image: yang wewe/Unsplash
21,1 °C. C’est le nouveau record de température atteint récemment par la surface de l’océan global. Ce n’est pas sans conséquence pour le phytoplancton, organismes à la base de la chaîne alimentaire.
Alors que certaines premières places sont à célébrer, la température moyenne des océans relevée par l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), du 1er au 6 avril, laisse un arrière-goût amer.
Le nouveau record de 2023 est atteint avant même l’apparition d’El Niño, que des météorologues jugent probable plus tard dans l’année. Ce phénomène climatique réchauffe l’océan Pacifique Sud tous les deux à sept ans.
Températures des océans enregistrées par la NOAA au cours des dernières années à la même période :
- 2023 : 21,1 °C
- 2021 : 20,8 °C
- 2013 : 20,6 °C
- 1993 : 20,2 °C
La hausse de température entraîne de nombreuses répercussions sur le climat, selon le professeur spécialisé en physiologie du phytoplancton à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski, El Mahdi Bendif. « On remarque la fonte des glaces, la montée des eaux, l’acidification des océans, l’augmentation de tempêtes [en nombre et en intensité] ou encore de phénomènes climatiques brutaux comme des sécheresses, des glissements de terrain ou des inondations. »
Une autre conséquence tout aussi importante mais bien plus discrète : le déclin du phytoplancton. Au-delà d’une certaine température, aux alentours de 20 °C, cet organisme unicellulaire (cyanobactéries et microalgues) entre en état de stress. Une partie recouvre ensuite, mais sa capacité de photosynthèse est réduite.
Dans les dernières années, une diminution de la production du phytoplancton a été détectée par des scientifiques du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Dans le nord de l’océan Atlantique, sa population a décliné de 10 % depuis le début de l’ère industrielle. Une baisse du phytoplancton est malheureusement synonyme d’appauvrissement des océans, car il se trouve à la base de la chaîne alimentaire. De plus, le phénomène réduit la capacité des mers à stocker du carbone atmosphérique; le phytoplancton transforme le CO2 en matière organique lors de la photosynthèse. On estime qu’il absorbe plus du quart des émissions de CO2.
Migration et acidification
De plus, le réchauffement de l’océan provoque une migration du phytoplancton, selon le professeur. « Les espèces vivant dans des zones tropicales vont se déplacer vers les pôles. Celles vivant déjà dans le froid ont plus de mal à s’adapter et vont reculer encore plus [vers les régions plus froides]. Les conséquences peuvent être dramatiques pour les populations [marines] déjà bien installées. »
Le phytoplancton souffre aussi en raison de l’acidification des eaux. Dans une étude, le professeur Bendif montre qu’elle cause l’érosion des écailles de calcaire de certains phytoplanctons, qui relâchent ensuite le CO2 qu’elles contiennent.
Les conséquences sont alors visibles sur les océans : réduction naturelle des populations maritimes et terrestres, diminution de la production d’oxygène et augmentation du carbone dans l’air et donc, du dérèglement climatique.
Ces dernières années, des scientifiques et entreprises ont proposé de fertiliser les océans avec du fer ou de l’azote pour stimuler la croissance du phytoplancton. « Selon toutes les modélisations, ce n’est pas viable à long terme, analyse El Mahdi Bendif. Il faut que ce soit accompagné d’un changement significatif de nos émissions de CO2. Le vrai problème, c’est l’activité humaine et notre mode de consommation. Les solutions sont à ce niveau. »