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26 octobre 2022
Temps de lecture : 2 minutes

COP 27 : il est temps de réparer l’injustice climatique envers l’Afrique

Champs en Guinée. Image: Tim Oun pour Unsplash.

Alors que la COP 27 s’ouvre en Égypte le 7 novembre prochain, la question de l’injustice climatique dont est victime le continent africain sera au cœur des débats. Des scientifiques dénoncent la situation dans un éditorial historique.

L’Afrique émet actuellement moins de 4% du total des gaz à effet de serre de la planète alors qu’elle abrite 18% de la population mondiale. Pourtant, elle est la région qui subit le plus durement les aléas du climat. Pour contrer cette injustice climatique, plusieurs dirigeants de pays africains demandent à répétition une compensation financière des États industrialisés, pour financer l’adaptation aux changements climatiques et la transition énergétique.

Ils ne sont pas les seuls : des scientifiques dénoncent eux aussi la situation. Plus de 250 journaux scientifiques spécialisés en santé se sont unis mi-octobre pour publier un éditorial commun, pressant les dirigeants des nations riches de prendre en compte cette injustice et d’assumer leurs responsabilités, en partie pour des questions morales. « C’est hautement injuste. L’Amérique du Nord et l’Europe ont émis 62% des émissions de dioxyde de carbone depuis la Révolution industrielle, alors que l’Afrique n’a contribué qu’à hauteur de 3% », déplorent les éditeurs signataires, dont ceux du BMJ, du Lancet, du New England Journal of Medicine, et de nombreuses revues africaines.

Mais il n’y a pas que les raisons morales qui motivent ce cri de colère. « La lutte contre la crise climatique nécessite la mobilisation de tous. Les conséquences aiguës et chroniques de la crise engendrent des problèmes tels que la pauvreté, les maladies infectieuses, les migrations forcées et les conflits qui se propagent à travers les systèmes mondialisés. Ces répercussions touchent toutes les nations », lit-on dans l’éditorial. Et la COVID-19 a été un avant-goût de ce qui nous attend, notent les auteurs.

L’Afrique aux premières loges du dérèglement

Érosion côtière, sécheresses, inondations, vagues de chaleur, incendies… L’Afrique subit en effet de plein fouet les catastrophes météorologiques. Au total, 131 événements extrêmes y ont été enregistrés au cours de 2020–2021 selon la Banque africaine de développement, exposant les économies locales à des risques importants et menaçant de ruiner « les progrès durement acquis dans la réalisation de certains objectifs clés de développement durable. » L’état de santé des populations est directement menacé par ces catastrophes, en partie en raison de l’insécurité alimentaire qui s’aggrave.

« Les changements climatiques sont généralisés et s’intensifient. On observe une concomitance d’extrêmes composés de pluies abondantes, de sécheresses intenses et de température élevée. Or sur le continent africain, 95% de l’agriculture dépend des précipitations, donc les conséquences sur la production agricole sont immenses », a rappelé le climatologue Arona Diedhiou, directeur de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement, lors de la Conférence mondiale des journalistes scientifiques francophones qui s’est tenue en octobre à Dakar. Selon un rapport récent de l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), la faim touchait 20% de la population africaine en 2021, et ce taux a augmenté depuis 2019.

Le chercheur, auteur principal du rapport spécial du GIEC sur les incidences d’un réchauffement climatique à 1,5 °C en 2018, a toutefois nuancé le discours : « L’Afrique n’est pas seulement en train de subir les changements climatiques ; sa contribution n’est pas aussi négligeable qu’on pourrait le croire. Elle est entre autres responsable d’environ 10 à 15% des émissions mondiales de gaz à effet de serre du secteur agricole. » Pour le spécialiste, l’Afrique a donc un rôle actif à jouer pour séquestrer le carbone, notamment, en développant l’agroforesterie et l’agriculture durable.

Mais pour réussir ces mutations, encourager la recherche et mettre en place des stratégies d’adaptation et de transition énergétique, le financement est largement insuffisant. Les Nations Unies estiment que les pays du continent perdent déjà entre 5 % et 15 % de leur PIB à cause de la crise climatique. D’où la demande récurrente d’un soutien financier assuré par les pays industrialisés.

En 2009 à Copenhague, les pays riches s’étaient engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an pour appuyer les efforts des pays en développement contre les dérèglements climatiques. Le compte n’a pour l’instant encore jamais été atteint (le fond a atteint 83,3 milliards de dollars en 2020). Le sujet sera donc remis sur la table à la COP 27.

D’ailleurs, lors d’un discours le 20 septembre dernier, le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a appelé les gouvernements à taxer les profits excessifs des industries des combustibles fossiles pour financer la lutte contre la crise climatique. Il a estimé justement à près 100 milliards de dollars les profits réalisés au premier trimestre 2022 seulement par les géants des hydrocarbures. On sait donc potentiellement où trouver l’argent.

 

 

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