Même si leur composition exacte est un secret farouchement gardé par l’industrie, plusieurs publications scientifiques ont révélé que les paillettes comptaient une succession de trois couches de polymère ou plus, de quelques micromètres d’épaisseur. Le marché mondial est contrôlé par deux fabricants principaux, tous deux dans le New Jersey. L’un d’eux, Glitterex, propose 10 000 variétés de paillettes.
Elles ont beau briller de mille feux, les paillettes sont une nuisance environnementale. Peut-on les rendre aussi bénignes que belles ?
Que serait une fête sans paillettes ? Synonymes de célébration, de joie, de luxe, ces petits confettis scintillants sont produits chaque année en quantité industrielle, notamment pour être incorporés aux cosmétiques, aux vêtements, aux encres et aux peintures ainsi qu’aux décorations festives en tous genres.
La fête a peut-être assez duré. Non contents de s’agglutiner sur nos vêtements et les meubles après les séances de bricolage, ces brillants aboutissent tôt ou tard dans l’environnement et y restent. C’est bien là le problème : ces pépites multicolores sont composées de plusieurs couches de plastique, le plus souvent du PET (comme les bouteilles d’eau), recouvertes d’un film d’aluminium leur conférant leur éclat.
L’opinion publique et l’industrie ont reconnu que les microbilles de plastique contenues dans les produits exfoliants et autres cosmétiques posaient un risque environnemental. Elles sont désormais interdites entre autres au Canada, aux États-Unis et en Europe. Les paillettes, en revanche, sont complètement passées à travers les mailles du filet réglementaire. Les quelques publications scientifiques qui leur sont consacrées relèvent plutôt du domaine… des sciences médico-légales. Et pour cause : avec leurs milliers de formes et de couleurs, et leurs propriétés outrageusement collantes, elles constituent d’excellents indices sur une scène de crime.
Manuela Piccardo, biologiste à l’Université de Trieste, en Italie, s’est plutôt penchée sur l’effet de tout ce strass sur des organismes aquatiques, d’eau douce et d’eau salée. Son étude, publiée fin 2022, n’a rien de rassurant. « Nous avons évalué le risque chimique posé par neuf types de paillettes [après leur immersion dans l’eau durant 3, 90 ou 180 jours] à l’aide de plusieurs tests écotoxicologiques. Des réponses biologiques différentes, plus fortes dans l’eau de mer, et des réponses spécifiques aux espèces ont été observées, en fonction également du temps de trempage. Les espèces les plus sensibles à cette forme de pollution étaient les algues », indique la chercheuse. Impossible de tirer une conclusion générale, mais, dans certaines situations, ces petits bouts de plastique métallisé nuisent bel et bien au vivant.
Comment rester scintillant sans abîmer les océans ? « Avec la prise de conscience environnementale, le nombre de paillettes “écologiques” augmente rapidement », constate Manuela Piccardo. Sur le marché, on voit notamment arriver des brillants à base de cellulose biodégradable enduite d’aluminium ou de pigments minéraux pour augmenter la réflectivité.

Les paillettes ChiralGlitter mises au point par Amin Babaeighazvini (sur la photo) sont entièrement biodégradables et même comestibles. Elles pourraient être utilisées en pâtisserie, selon le chercheur.
Certaines équipes proposent toutefois une option encore plus inoffensive, puisqu’elle élimine complètement le métal de l’équation. C’est le cas de chimistes de l’Université de Cambridge et d’une équipe de l’Université de la Saskatchewan qui ont jeté leur dévolu sur de la nanocellulose pure. « Nos paillettes sont 100 % biodégradables et comestibles », se réjouit Amin Babaeighazvini, étudiant en thèse au Collège d’ingénierie de l’établissement de Saskatoon qui a mis au point un produit nommé ChiralGlitter.
Spécialiste des nanomatériaux à base de cellulose, issue des usines de papier, le jeune chercheur s’est inspiré de la nature pour rendre ce matériau irisé et étincelant. « C’est la structure même des nanocristaux de cellulose qui leur donne une couleur. On peut pour l’instant obtenir du rouge, du bleu et du vert, mais on essaie d’élargir la palette. »
Comme les ailes bleues des papillons morpho, ces flocons de cellulose arborent de minuscules reliefs qui interfèrent avec les différentes longueurs d’onde de la lumière pour ne renvoyer que certaines couleurs vers notre œil. Le résultat est saisissant ! Amin Babaeighazvini est lancé : il attend des financements qui lui permettront de produire du ChiralGlitter de façon commerciale.
Manuela Piccardo est curieuse de voir la suite. « Ces nanocristaux pourront limiter les effets chimiques. Mais le fait qu’ils soient 100 % d’origine naturelle n’est pas une garantie absolue de leur innocuité ; il faudra tout de même faire des études écotoxicologiques », estime-t-elle. On croise les doigts pour pouvoir bientôt briller sans culpabilité.
- Le bleu des ailes des papillons morpho vient de nanostructures composées de chitine, qui diffractent la lumière. Celles-ci peuvent réfléchir jusqu’à 80 % de la lumière bleue incidente. Les paillettes ChiralGlitter « manipulent » elles aussi la lumière.
- Ces paillettes biodégradables conçues par une équipe de l’Université de Cambridge sont elles aussi faites à base de nanocellulose et ne contiennent ni métal ni additif toxique. Les paillettes commerciales, en revanche, sont généralement composées de PET et d’aluminium, mais elles peuvent aussi contenir de l’acrylique, du polyméthacrylate de méthyle, du PVC ou du dioxyde de titane.
- Les nanocristaux de cellulose peuvent s’agencer de manière à constituer des motifs reflétant la lumière. La matière première est uniquement végétale : pulpe de bois, résidus d’usine à papier, etc. En photo, le film de cellulose de l’équipe de Cambridge qui est ensuite déchiqueté pour faire des paillettes.
Photos : Vinod Saranathan ; Wikimedia Commons ; Benjamin Droguet/ Université de Cambridge ; Amin Babaeighazvini


