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Au Québec, 50 % de l’énergie disponible – électrique et combustible – se perd dans l’environnement. Portrait de la situation.
Zéro émission de carbone d’ici 2050 : c’est l’objectif des Nations unies auquel a adhéré le Québec il y a trois ans. Avec son hydroélectricité, renouvelable et à bas prix, la province dispose d’un atout majeur. Il reste tout de même à se sevrer des énergies fossiles, qui représentent 53 % de l’énergie consommée dans la province… Pour ce faire, Québec mise sur l’électrification des transports puisque 97 % de l’énergie consommée dans ce secteur provient encore de produits pétroliers.
Il faut donc s’attendre à une croissance de la consommation d’électricité dans les années à venir, d’autant plus qu’il faudra aussi alimenter les filières émergentes, telles que l’industrie des batteries, les serres et les centres de données. Hydro-Québec estime ainsi qu’il faudra presque doubler la production d’électricité d’ici 2035 pour réussir cette transition.
Trop gourmand
L’appétit énergétique est pourtant déjà colossal. Au Canada, la consommation d’énergie par personne est quatre fois plus élevée que la moyenne mondiale et deux fois plus que la moyenne européenne, selon l’Agence internationale de l’énergie.
Le Québec fait un peu mieux que les autres provinces, mais sa consommation reste supérieure à celle de plusieurs États européens, y compris les États scandinaves, qui vivent les mêmes défis hivernaux que nous, selon un mémoire d’Équiterre publié en 2023. « Cette consommation élevée s’explique notamment par les activités industrielles de la province qui a attiré, grâce à son hydroélectricité, des secteurs énergivores. »
Alors, certes, il va falloir produire plus… mais pourrions-nous aussi être plus économes ? « Chose certaine, aujourd’hui au Québec, on utilise près de 200 gigajoules (GJ) d’énergie par année par personne, alors que l’humanité devrait se diriger vers 50 GJ pour être compatible avec un monde carboneutre », lance Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie.
Sobre et efficace ?
Pour économiser, deux pistes : d’abord, la sobriété énergétique, qui consiste à revoir nos comportements pour consommer moins. « On chauffe de grandes maisons vides et des piscines parce qu’on a les moyens, car les prix de l’électricité sont bas », résume Josée Provençal, politologue spécialisée en énergie et membre du comité scientifique POLÉMOS, un groupe de recherche indépendant sur la décroissance.
Deuxième impératif : l’efficacité énergétique, qui consiste à employer des technologies plus performantes, qui consomment moins d’énergie tout en réduisant les pertes.
Les chiffres sont assez effarants : 49 % de l’énergie consommée au Québec est perdue ! On parle ici de toutes les énergies confondues : électricité, combustibles fossiles, etc. « C’est inquiétant, mais, malheureusement, c’est normal dans notre système actuel », souligne Pierre-Olivier Pineau, qui cosigne chaque année depuis 2015 le rapport État de l’énergie au Québec. Josée Provençal, elle, estime que le Québec devrait miser d’abord sur la sobriété, puis sur l’efficacité énergétique et finalement hausser la production électrique… et non l’inverse.
Tour d’horizon des principales sources de pertes d’énergie
33 % le secteur des transports
C’est le secteur le moins efficace. « Entre le combustible qui entre dans l’auto et l’énergie qu’on en retire en roulant, on perd de l’ordre de 70 % d’énergie », souligne Éloïse Édom, associée de recherche à l’Institut de l’énergie Trottier. Les pertes des moteurs électriques, elles, varient entre 15 et 20 %.
L’électrification du transport fait donc partie de la solution, mais elle ne résout pas tout. Selon Pierre-Olivier Pineau, on fait fausse route en multipliant le nombre de voitures individuelles, même électriques, plutôt qu’en favorisant les transports actifs et en commun.
28 % le secteur industriel
Ce secteur représente plus du tiers (37 %) de notre consommation. Attirées par l’électricité bon marché, des industries énergivores, comme les alumineries, les aciéries et les papeteries, se sont implantées au cours des années dans le paysage industriel de la province, sans être contraintes d’optimiser leurs procédés. Seule la moitié (53 %) de leur consommation énergétique provient de l’électricité, le reste venant du gaz naturel, du pétrole et des biocombustibles. Une piste d’amélioration du bilan global ? La valorisation des pertes thermiques (voir p 20).
15 % l’habitation
Les bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels consomment le tiers de notre énergie. Le principal coupable : le chauffage – et la piètre isolation des bâtiments. Une étude menée pour l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec estime que de 40 à 50 pétajoules ou millions de gigajoules d’énergie pourraient être économisés si le parc immobilier était rénové. Limiter le chauffage et l’éclairage des locaux commerciaux serait un bon début.
25 % le réseau électrique
La majeure partie des pertes surviennent lors de la transformation de l’énergie primaire (hydraulique par exemple) en énergie secondaire (électrique). Si 90 % de l’énergie de l’eau faisant tourner les turbines d’un barrage est convertie en électricité, seulement 26 % de l’énergie du vent est convertie en électricité par l’éolienne, lit-on dans l’État de l’énergie au Québec.
« Ensuite, le transport de l’électricité et sa distribution [sur des milliers de kilomètres] entraînent des pertes de l’ordre de 8 % », dit Éloïse Édom. Elles viennent principalement de l’effet Joule (soit la perte d’énergie sous forme de chaleur), causé par le passage des électrons dans les lignes électriques. « Dans un monde idéal, nous n’aurions pas besoin de transporter l’énergie sur d’aussi longues distances », indique-t-elle.
