«Les Canadiens, s’ils se pointent ici, on va leur bloquer la route. Et s’il faut faire exploser leurs camionnettes pour leur montrer qu’on n’entend pas à rire, on va le faire. C’est la guerre!»
Les propos sont durs, et pourtant la voix et le regard de Jenny Lujàn demeurent posés, paisibles même. Assise à côté d’un portrait de Che Guevara dans son salon aux murs de pierre, sirotant son maté dans une tasse à l’effigie du sous-commandant Marcos, cette Argentine assure qu’elle n’a rien d’une révolutionnaire. «À Famatina, tout le monde pense comme moi. On s’oppose tous au projet d’Osisko.»
Heureusement pour les journalistes qui s’aventurent jusqu’ici, à 1 300 km au nord-ouest de Buenos Aires, Jenny Lujàn n’en veut pas à tous les Canadiens. Elle s’en prend aux compagnies minières qui reluquent l’or de la cordillère des Andes, et tout particulièrement à Osisko, une société basée à Montréal, qui envisage d’ouvrir une mine sur le mont General Belgrano, à quelques kilomètres de Famatina, où Jenny travaille comme psychologue.
Il y a 9 ans que ce village de 6 000 âmes se bat contre l’ouverture d’une mine d’or à ciel ouvert, un projet initialement proposé par une autre compagnie canadienne, Barrick Gold. Partout à la ronde, les murs des commerces, comme ceux des maisons, sont couverts de slogans du type «El agua vale mas que el oro» (l’eau vaut plus que l’or). Même l’église affiche ses couleurs. Sur la porte du presbytère, on peut lire «Famatina no se toca» (on ne touche pas à Famatina).
L’opposition a atteint son comble le 2 janvier 2012, quand Osisko a voulu mener des travaux d’exploration sur le terrain pour sonder la teneur du minerai. Les villageois et leurs partisans se sont réunis par centaines pour ériger une barrière humaine et bloquer le chemin d’accès au site. Depuis, les adversaires de la compagnie se relaient jour et nuit pour faire le guet, au cas où une camionnette conduite par des Canadiens s’aventurerait à passer par là. «Je suis allée au Québec, je sais ce qu’Osisko a fait à Malartic», dénonce Jenny Lujàn, en faisant référence à la mine d’or à ciel ouvert que la compagnie exploite depuis 2011 en Abitibi. «On ne veut pas de ça ici.»
Lire la suite dans notre numéro d’avril-mai 2013.
Crédit photo: Marcelo Riveros