Jie He
Professeure au département d’économie de l’Université de Sherbrooke
Pour un bilan carbone équitable
C’est dans les pays en développement que l’on émet le plus de gaz à effet de serre. Mais c’est pour produire nos biens de consommation.
Par Gilles Drouin

Sur cette carte du monde, on voit clairement quels sont les pays
les plus pollueurs, en milliers de tonnes métriques. © cdiac/2006À l’échelle de la planète, ça ne change rien du tout. «On ne fait que déplacer le problème. En fait, on l’aggrave même, puisque les pays comme la Chine ne sont pas très efficaces, d’un point de vue énergétique, dans leurs moyens de production.» En effet, environ 70% de l’énergie du secteur manufacturier chinois provient du charbon. Selon les estimations de la professeure, plus de 30% des émissions de GES de la Chine sont liées à des biens destinés à l’exportation, donc à la consommation des pays industrialisés.
Pour tenter de rétablir les choses, l’économiste d’origine chinoise s’est attaquée à un calcul complexe. Un peu comme on le fait maintenant avec les analyses de cycles de vie, elle dresse des équations qui incluent les coûts environnementaux liés à chaque étape de la fabrication d’un produit, de sa conception à sa destruction (ou, idéalement, à son recyclage). Cette comptabilité inclut donc aussi bien l’extraction des matières premières que le processus de fabrication, l’emballage et le transport. Elle tient aussi compte de l’efficacité énergétique des technologies employées à chacune des diverses étapes.
L’objectif de Jie He? Estimer le plus précisément possible les émissions de GES pour chaque produit, en fonction de son lieu de fabrication. «À partir de cette donnée, explique-t-elle, il serait alors possible de déterminer le pays qui émet le moins de GES lors de la production d’un bien.»
Elle va plus loin. Elle suggère une taxe carbone à la consommation dont les revenus serviraient à soutenir les efforts d’amélioration de l’efficacité énergétique un peu partout dans le monde. À court terme, les consommateurs paieraient plus cher mais, à moyen terme, les usines du monde – y compris celles de la Chine – amélioreraient leurs technologies et la planète ne s’en porterait que mieux.