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18 novembre 2021

COVID-19: Les effets des ultra-alarmistes

Illustration: Vigg

« Idiot. » « Stupide. » « T’as de la guimauve à la place du cerveau. » « Ce politicien ment à la population au sujet de la COVID-19. » En général, ces commentaires sont associés aux antimasques, aux antivaccins ou aux « dénialistes », pour qui la COVID-19 est une petite grippe, voire une invention. Et il est indéniable que bien des gens appartenant à cette mouvance se sont comportés comme de vulgaires intimidateurs au cours de la pandémie − ma boîte de courriels en est d’ailleurs l’une des nombreuses preuves.

Mais il y a une autre catégorie de commentateurs dont les médias parlent beaucoup moins et qui manquent tout autant de savoir-vivre : les ultra-alarmistes. Pour eux, les autorités n’en font jamais assez. Aucune mesure sanitaire n’est assez restrictive ou sécuritaire. Et quiconque décrit le SRAS-CoV-2 comme autre chose que le cinquième cavalier de l’Apocalypse est un dangereux jovialiste qui devrait se taire − ou qu’on doit faire taire par tous les moyens possibles, y compris les insultes présentées ci-dessus… proférées toutes sur des comptes Twitter ultra-alarmistes.

Pourquoi ces gens sont-ils passés sous le radar des médias ? Avant tout, leur nombre n’est pas aussi grand que celui des conspirationnistes ; le phénomène est donc moins important. Mais je crois qu’on aurait dû en parler davantage et les dénoncer au même titre que les autres, car il y a des parallèles troublants à tracer entre les deux extrêmes. Tous semblent motivés par la peur − que ce soit d’un virus ou de l’arrivée imminente d’une dictature − et cette menace justifie à leurs yeux toutes les impolitesses. Les deux franges emploient les mêmes tactiques : injures, intimidation, harcèlement à plusieurs, etc. Elles s’en prennent aux modérés comme aux extrémistes du camp opposé. Et elles partagent le même objectif : forcer leurs contradicteurs au silence. C’est à ce dernier égard qu’il faut s’inquiéter parce que… eh bien parce que ça marche, malheureusement !

« Est-ce que j’ai manqué le mémo qui dit qu’on ne peut pas rapporter des données rassurantes et/ou encourageantes (sans déni ou délire) à propos de la COVID-19 sur Twitter ? [Ceux qui osent le faire] se font toujours “ramasser” par ceux qui semblent apprécier vivre sans bonne nouvelle », se désolait le Dr Sébastien Poulin, spécialiste des maladies infectieuses, dans un gazouillis. « Les ultra-alarmistes sont peu nombreux, mais très bruyants… Personnellement, j’ai rapidement appris à ne pas me laisser déranger par les dénialistes et leurs insultes. Les alarmistes sont par contre encore plus insistants », m’a confié le Dr Alex Carignan, clinicien-chercheur en infectiologie à l’Université de Sherbrooke.

Notons que tous les gens qui tentent de tempérer l’alarmisme ambiant n’ont pas été pris à partie ainsi − signe, possiblement, que l’agressivité n’est pas égale dans les deux camps. Le physicien de l’Université de Montréal Normand Mousseau, qui a maintes fois critiqué les mesures sanitaires et les modélisations sur lesquelles elles se basaient, m’a dit ne pas avoir été l’objet d’attaques déplacées. (En cherchant un peu sur les réseaux sociaux, cependant, j’en ai trouvé plusieurs. Tant mieux si elles lui ont échappé ; il ne manque pas grand-chose.)

Quoi qu’il en soit, on pourrait multiplier les exemples comme ceux des Drs Poulin et Carignan. Pour tout dire, il y a même une médecin en santé publique qui a refusé de m’accorder une entrevue pour cette chronique parce qu’elle avait été plusieurs fois la cible des ultra-alarmistes. Manifestement, l’intimidation en ligne fonctionne, peu importe qui la commet… Au-delà des voix expertes et modérées qui se taisent, l’agressivité des ultra-alarmistes a un autre effet en commun avec les insultes des antimasques : elle contribue à la polarisation du débat public, ce qui finit par avoir des conséquences bien concrètes dans la société.

On l’a vu aux États-Unis, où des millions d’élèves n’ont pu retourner à l’école en personne que cet automne. Comme l’indiquait le New York Times, si certains États démocrates ont péché par excès de prudence à cet égard, c’est en partie parce qu’ils se sont braqués quand l’ancien président Donald Trump a encouragé la réouverture des écoles dès août 2020. Pourtant, bien des pays ont emprunté cette voie pour prioriser la scolarisation des enfants (tout en imposant des mesures sanitaires comme le port du masque). Mais dans l’extrême polarisation qui règne aux États-Unis, le simple fait que M. Trump a émis cette opinion a incité certains électeurs et décideurs démocrates à penser le contraire.

Certes, la situation au Québec n’est pas aussi tendue. Mais l’exemple américain montre que l’agressivité de nos échanges publics sur la COVID-19 n’est pas que virtuelle ; elle peut avoir des répercussions bien tangibles. Il faut la dénoncer, peu importe de quel camp elle provient.

Illustration: Vigg

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