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07 octobre 2021

Que faut-il penser du régime paléolithique?

Illustration: Vigg

La théorie derrière le populaire « régime paléo » est à la fois séduisante et pleine de bon sens : le système digestif humain a évolué pendant des millions d’années pour s’adapter à l’alimentation de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs de la préhistoire. Alors en principe, le régime idéal pour les humains modernes devrait être celui qui s’en approche le plus, non ?

Mais que mangeaient-ils, au juste, les hommes et les femmes des cavernes ? Selon les tenants du régime paléo, il faut éviter tout ce qui n’existait pas encore à l’époque (produits laitiers, aliments transformés, légumineuses, céréales, etc.) et s’inspirer des proportions de viande, de fruits et légumes et de noix dont se nourrissaient les chasseurs-cueilleurs. C’est ce qu’il faut faire, disent-ils, pour prévenir la plupart des maladies modernes comme le cancer, le diabète et les problèmes cardiaques − et il est vrai que, dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs actuelles, ces maux sont pratiquement inexistants.

Mais quelles sont ces proportions de viande, végétaux et noix qu’on devrait absorber ? C’est ici que ça se corse. Certaines « versions » du régime paléo sont très riches en viande, au point que l’adepte y puise la majorité de ses calories. Mais d’autres versions supposent que la partie « cueillette » devrait compter pour les deux tiers de l’alimentation.

Or, tout ce beau monde se tromperait. Dans le numéro de septembre de l’Annual Review of Nutrition, les anthropologues Herman Pontzer et Brian Wood, des universités Duke et de Californie à Los Angeles, ont passé en revue les principales caractéristiques de notre système digestif ainsi que les connaissances sur le régime des chasseurs-cueilleurs actuels. Leur conclusion est sans appel : l’idée voulant qu’il existait UN régime ancestral plus ou moins universel et stable dans le temps n’est rien d’autre qu’une vue de l’esprit. Les deux chercheurs ont plutôt trouvé une extraordinaire diversité alimentaire. D’une peuplade à l’autre, les chasseurs-cueilleurs peuvent satisfaire aussi peu que 5 % de leurs besoins quotidiens en énergie par la viande et à l’autre extrémité du spectre plus de 80 % !

Qui plus est, quand on observe un même groupe pendant un certain temps, on constate des variations tout aussi extrêmes. Chez les Hadza, des chasseurs-cueilleurs qui vivent en Tanzanie et dont l’alimentation a été beaucoup étudiée depuis les années 1980, la part de la viande dans le régime total varie au gré des saisons et d’une année à l’autre selon la disponibilité du gibier, atteignant des creux de 2 % de l’apport énergétique quotidien recommandé et des pics de plus de 100 % ( !) en période d’abondance. Alors bien malin qui pourra dire quel est LE régime alimentaire pour lequel le corps humain est le mieux adapté. La vérité ? Sans doute que nous avons le système digestif d’une espèce opportuniste, outillée pour survivre avec ce qu’elle trouve.

En revanche, les chercheurs donnent en partie raison aux partisans des régimes carnés : la viande occupe une place spéciale dans l’alimentation humaine si on la compare avec celle des autres primates. En moyenne, au-delà des importantes variations citées plus haut, les aliments d’origine végétale et animale comptent respectivement pour environ 40 et 60 % du régime alimentaire des chasseurs-cueilleurs actuels, ce qui fait d’Homo sapiens le plus carnivore de tous les grands singes.

Le corps humain montre des signes évidents d’adaptation à une alimentation composée de quantités de viande relativement grandes, lit-on dans l’article : le côlon humain est plus court que celui des autres grands singes. Ceux-ci se nourrissent surtout de végétaux, soit des aliments dont la digestion requiert un intestin plus long. Avoir un côlon plus court semble fortement indiquer une adaptation à un régime plus carné.

On ne peut donc pas donner complètement tort aux régimes paléos basés sur la viande. Mais si l’on tient à imiter l’alimentation de nos ancêtres, encore faudrait-il savoir quelle sorte de viande ils mangeaient. À cet égard, Herman Pontzer et Brian Wood arrivent à des conclusions un brin déconcertantes en comparant le degré d’acidité de l’estomac humain avec celui d’autres animaux. Comme la principale fonction de cette acidité est d’éliminer les bactéries et que les plantes en contiennent peu, l’estomac des herbivores n’est pas très acide en général. Celui des carnivores l’est déjà pas mal plus, mais celui de l’espèce humaine l’est encore davantage. De fait, notre acidité gastrique est sur un pied d’égalité avec celle des… charognards. Cela signifie que la viande consommée par nos ancêtres était souvent avariée ou du moins avait une forte charge bactérienne. Peut-être qu’ils mangeaient de la viande prélevée sur des carcasses ou encore qu’ils se nourrissaient pendant plusieurs jours d’une grosse proie. Bon appétit…

Illustration: Vigg

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